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Pénicaud: pour que la croissance profite à tous, "il faut mettre la machine de la formation en route"

Malgré l'amélioration des chiffres du chômage, la ministre du Travail a estimé ce mardi matin sur BFM Business que le défi des compétences est "la première des batailles" pour que la croissance se pérennise.

"Le cœur du sujet c’est la bataille des compétences", a insisté Muriel Pénicaud ce mardi matin sur BFM Business, alors que le projet de loi "pour la liberté de choisir son avenir professionnel" arrive à l'Assemblée nationale. 

La ministre du Travail s'est félicitée de "la décrue du chômage" qui a commencé fin 2017. "On a eu des bons chiffres, qui se sont améliorés. C’est la première fois, en création d’emplois, qu'on en a créé plus qu’avant la crise. Et c’est la première fois depuis quinze ans que l’emploi industriel est reparti à la hausse après un million de destructions d’emplois" sur la période, a-t-elle détaillé. Toutefois, Muriel Pénicaud juge la situation "encore fragile", c'est pourquoi elle reste "prudente dans les commentaires".

Pour elle, il s'agit pour l'instant d'une amorce. "Maintenant il faut sécuriser et amplifier cette croissance et pour ça le sujet des compétences est au cœur du défi. [...] C’est la première des batailles [car] tous les jours les entreprises disent 'on bute sur la compétence, on ne [les] trouve pas'".

15 milliards d'euros sur le quinquennat

Pour mener cette bataille, cette "révolution copernicienne" comme elle l'appelle, la ministre met en avant deux dispositifs. Un de plus long terme, c'est-à-dire le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel qui, même s'il aura des effets "dès l'année prochaine" promet Muriel Pénicaud, a pour objectif de modifier la structure de la formation en France. L'autre est à plus court terme, il s'agit d'un plan d'investissement de 15 milliards d'euros sur le quinquennat "pour former un million de jeunes, un million de demandeurs d'emploi à tous les métiers en tension".

"Pour faire baisser le chômage il faut de l’agilité [et une] stratégie compétences", ensuite viennent "toutes les politiques d’inclusion", a détaillé la ministre. "Il faut mettre cette machine de la formation en route. Il faut que pour les chômeurs il y ait une chance d’accéder à la croissance."

"Si la croissance repart mais que ceux qui sont au chômage depuis longtemps ou que les plus d’un million de jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation se disent ‘ça repart mais pas pour moi’ alors là on a un risque de cohésion sociale."

Une application pour choisir sa formation

Pour faciliter les démarches, le projet de loi prévoit une application internet comprenant un répertoire national de toutes les formations. Chaque actif pourra y souscrire via son compte personnel de formation, qui peut être crédité jusqu'à 5000 euros, voire 8000 pour les non-diplômés. Il suffira alors pour celui ou celle qui veut faire une formation de "s'enregistrer et payer", explique Muriel Pénicaud.

"On met l'actif au cœur du système" en lui donnant la "liberté" de choisir sa formation. Pour ceux qui ne s'y retrouvent pas, ils peuvent bénéficier d'un "conseil en évolution professionnel" gratuit. "Ça aidera y compris ceux qui seront le plus en difficulté", assure la ministre.

"On y va par étape" sur la réforme de l'assurance chômage

Interrogée sur le périmètre de la réforme de l'assurance chômage, moins ambitieux que ce qu'avait présenté Emmanuel Macron lorsqu'il était candidat à la présidentielle, Muriel Pénicaud a évoqué des raisons financières. 

L'élargissement aux démissionnaires et aux indépendants coûte cher, or, même si les comptes de l'Unédic se redressent avec la baisse du chômage, le déficit reste de 2 milliards d'euros en 2017 et la dette de 36,2 milliards d'euros. 

"On commence un changement profond pour passer du statut à la personne", a expliqué la ministre. Cette transition ne pas être faite "tant qu’on a ce déficit de l’assurance chômage pour les salariés" et "on ne peut plus faire peser par l’impôt, donc donc on y va par étape."

J.-C.C. avec AFP