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Les syndicats de Carrefour s'inquiètent du passage en location-gérance de 5 hypermarchés

La location-gérance permet à Carrefour de rester propriétaire du magasin -contrairement à une franchise- et nécessite moins de mise de fonds initiale de la part du repreneur.

La location-gérance permet à Carrefour de rester propriétaire du magasin -contrairement à une franchise- et nécessite moins de mise de fonds initiale de la part du repreneur. - Jacques Demarthon-AFP

Alors que Carrefour va mettre en location-gérance cinq de ses hypermarchés en régions, les syndicats s'inquiètent d'un moins-disant social au détriment des 600 salariés concernés. Ceux-ci perdront le bénéfice des accords d'entreprise du groupe, 15 mois après leur transfert sous la direction de locataires-gérants indépendants.

Petite révolution chez Carrefour, qui confirme le passage en location-gérance de cinq de ses hypermarchés, a priori en difficulté. Jusqu'à présent, le géant de la distribution exploitait en propre ses hypers français en plaçant à la tête un dirigeant salarié, tous les employés du site étant aussi salariés du groupe.

Le passage à la location-gérance permet à Carrefour de rester propriétaire du magasin -contrairement à une franchise- en en confiant l'exploitation commerciale sous sa marque à un directeur indépendant qui devient patron et employeur. Pour le futur dirigeant, cette reprise nécessite moins d'investissements qu'une franchise en l'absence de grosse mise de fonds initiale à mobiliser.

Les employés resteront salariés des magasins transférés

Ce modèle d'exploitation commerciale, déjà répandu dans les moyennes surfaces de l'enseigne (City, Express, Contact) mais nouveau pour les hypers, n'est pas sans conséquences pour les actuels salariés des hypers concernés. Ces derniers seront transférés juridiquement dans l'entité dirigée par le futur directeur-locataire du fonds de commerce.

C'est pourquoi le projet de location-gérance fait l'objet d'une procédure d'information-consultation auprès des représentants du personnel, a indiqué Carrefour, même si "l'ensemble des collaborateurs resteraient salariés des magasins".

Les accords d'entreprise Carrefour cesseront 15 mois après le transfert

Les cinq hypermarchés concernés, tous situés en régions, sont ceux de Montluçon (Allier), Château-Thierry (Aisne), Cahors (Lot), Flers (Orne) et Saint-Lô (Manche). Ils comptent au total plus de 600 salariés. Leur transfert, lors du passage en location-gérance des magasins qui les emploient, inquiète au plus haut point les syndicats, qui redoutent un moins-disant social pour les salariés concernés.

Au terme de 15 mois de transition, les accords d'entreprise dont ils bénéficiaient chez Carrefour prendront fin. Ils devront être renégociés établissement par établissement, expliquent les syndicats du groupe.

En effet, si le repreneur d'un magasin en location-gérance doit garder les employés avec leur ancienneté et leur salaire, il n'est pas tenu de leur appliquer les accords collectifs de Carrefour Hypermarchés, ni la politique d'intéressement ou le plan d'épargne du groupe. Ce sera alors la convention collective de branche, a priori moins favorable, qui deviendra la référence pour tous ces salariés transférés.

Les syndicats redoutent un moins-disant social

"Ces (nouveaux) accords d'entreprises, moins favorables, seront basés sur l'accord de branche, ce qui n'est pas satisfaisant", renchérit Michel Engelz (FO, majoritaire). Le syndicat CFDT du groupe estime que les salariés perdront l'équivalent de deux mois de rémunération lors de leur transfert.

La CFDT et FO demandent à la direction de Carrefour des garanties, notamment en matière de santé et de prévoyance. La CFDT va plus loin en réclamant une indemnité compensant les pertes de salaires engendrées et une "charte sociale" avec les repreneurs "afin de maintenir le maximum d'avantages sociaux".

À terme, la CFDT estime que 30 à 40 hypers pourraient subir le même sort sur les 247 hypermarchés qu'exploite Carrefour en France. Le PDG du groupe, Alexandre Bompard, doit présenter le 23 janvier 2017 un "plan de transformation". Il restera à savoir si la location-gérance sera érigée en modèle économique à part entière pour les hypermarchés Carrefour.

Frédéric Bergé avec AFP