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Le télétravail va-t-il sonner le glas des 35 heures et du salariat?

Avec des salariés qui font pression pour maintenir une dose plus ou moins importante de télétravail, va se poser à terme la question du temps de travail et du sacro-saint CDI, estime sur BFM Business, Benoit Serre, Vice-président de l'ANDRH et DRH de L'Oréal France.

Si le gouvernement laisse désormais la main aux entreprises en matière de recours au télétravail, un retour intégral au "monde d'avant", avec du présentiel à 100% ne semble plus envisageable.

Les salariés français réclament, voire exigent, une approche hybride avec le maintien d'une dose plus ou moins importante de télétravail. Et avec les pénuries de main d'oeuvre, le rapport de force a changé dans de nombreux secteurs.

Ainsi, selon une étude d'Opinionway pour Slack (outil collaboratif), 38% des employés se disent prêts à changer d'employeur si celui-ci choisit de revenir en 100% présentiel. Ce chiffre monte à 57% chez les moins de 35 ans...

"Il va falloir nécessairement se poser la question du temps de travail"

"Avant la pandémie, on disait, la vie professionnelle a envahi la vie privée, aujourd'hui, c'est la vie privée qui a envahi la vie professionnelle", résume Benoit Serre, Vice-président de l'ANDRH et DRH de L'Oréal France sur le plateau de Good Morning Business ce mardi.

L'approche hybride du travail risque donc de se généraliser dans les prochaines années. De quoi poser la question du temps de travail, des fameuses 35 heures hebdomadaires. Ce cadre sera-t-il encore viable dans cette logique?

"On sait que le nombre de métiers télétravaillables s'étend. Si demain vous avez une société du travail en France qui comporte 50 ou 60% de gens qui télétravaillent partiellement, il va falloir nécessairement se poser la question du temps de travail mais surtout de sa comptabilisation", explique Benoit Serre.

"Qu'est-ce que ça veut dire de pointer chez soi? Ca ne veut rien dire et ça c'est un vrai changement de société", poursuit-il. Reste que le sujet est sensible "c'est un dogme, c'est très difficile de discuter de ce sujet là", résume l'expert qui table néanmoins "sur un changement probablement législatif dans les prochaines années".

"On ira vers un marché du travail contractuellement différent"

Si on pousse le raisonnement jusqu'au bout, on peut également se poser la question du statut des salariés dans un contexte de généralisation du télétravail. Le sacro-saint CDI pourrait-il être remplacé par des relations 'clients/fournisseurs', sonnant la fin du salariat tel qu'on le connaît dans certains secteurs?

"Peut-être pas de manière générale mais c'est vrai que vont cohabiter plusieurs typologies de relations à l'entreprise, CDI ou pas CDI. Et ça posera assez vite un autre problème: la France est très structurée autour du CDI, il va falloir revoir les schémas. Si vous avez demain 30% des gens qui sont en modèle de prestation, on ne peut pas dire que le modèle d'auto-entrepreunariat soit d'une efficacité folle sur le plan de la protection sociale", explique Benoit Serre.

"Je ne sais pas si on va aller vers la fin du salariat mais c'est vrai qu'on ira vers un marché du travail contractuellement différent", conclut-il.
Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business