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Chez les salariés les plus jeunes, le retour au bureau ne passe pas

Exemple chez Apple où les employés estiment que le géant à la pomme se montre trop rigide ce qui provoque une vague de démissions. Et ce refus du monde d'avant s'observe un peu partout.

Après plus d'une année de recours quasi intégral au télétravail, les habitudes sont prises. Et le retour en arrière semble douloureux notamment dans les grandes entreprises technologiques qui avaient fait miroiter un temps le mirage d'un avenir 100% en télétravail.

Chez Apple par exemple, la décision de la direction de passer désormais à trois jours de présentiel à partir de septembre prochain passe mal. Au point de provoquer une petite fronde en interne assez inhabituelle chez le géant.

Même si la pomme propose quelques aménagements comme la possibilité de télétravailler jusqu'à deux semaines consécutives une fois dans l'année avec l'accord de leur manager, les salariés estiment que leur employeur ne fait pas assez preuve de flexibilité.

Vague de démissions

Ils se sont ainsi fendus d'un courrier à la direction qui fait part de leur "préoccupation". "La politique d'Apple en matière de travail flexible à distance/localisé, et la communication qui l'entoure, ont déjà poussé certains de nos collègues à démissionner. Sans cet apport de flexibilité, beaucoup d'entre nous ont le sentiment de devoir choisir entre une combinaison de nos familles, de notre bien-être et la possibilité de donner le meilleur de nous-mêmes, ou faire partie d'Apple."

Une demande d'autant plus légitime selon eux que les performances d'Apple depuis un an n'ont pas souffert de la mise en place du télétravail. Au contraire, la firme a encore affiché des résultats record.

Ces démissions chez Apple et dans le secteur technologique aux Etats-Unis sont en effet une tendance de fond avec la volonté pour les salariés, notamment les plus jeunes, de ne plus retrouver le monde d'avant. Un choix rendu possible par la demande forte en profils technologiques qui permet à ces professionnels d'envisager une mobilité et de choisir un nouvel emploi en fonction de nouveaux critères, comme la possibilité de télétravailler avec souplesse.

Les 'digital natives' veulent du changement

Une tendance qui s'illustre dans une étude de Citrix qui se penche justement sur les aspirations des "digital natives", les salariés des dernières générations et les plus connectés. 90% d’entre eux affirment ne pas souhaiter revenir au bureau à temps plein après la pandémie, préférant un modèle hybride.

Chez les salariés français de ces générations, 27% souhaiteraient un modèle de travail hybride avec plus de temps à la maison qu’au bureau et 34% souhaiteraient travailler tout le temps depuis chez eux. Seuls 7% aimeraient être au bureau à plein temps...

Ce changement de paradigme ne semble pas avoir été bien compris par les équipes de direction. Chez Apple, les frondeurs le constatent: "Nous avons l'impression qu'il y a un décalage entre la façon dont l'équipe de direction pense au travail à distance/à la flexibilité géographique et les expériences vécues par de nombreux employés d'Apple.", peut-on lire dans leur courrier.

Les directions deconnectées?

L'étude de Citrix le confirme. 58% des dirigeants dans le monde (et 63% en France) pensent en effet que les jeunes travailleurs voudront passer la plupart ou la totalité de leur temps à travailler au bureau.

"Avant tout, les digital native souhaitent du choix et de la flexibilité", peut-on lire. "Pour réussir à attirer et à retenir les digital native, les entreprises devront investir dans un modèle et des outils afin de créer un environnement de travail flexible, efficace et collaboratif. C’est ce que recherche cette nouvelle génération et c’est dans ce contexte qu’elle s’épanouit le mieux", commente ainsi Mario Derba, Vice-Président de l’Europe de l’Ouest et du Sud pour Citrix.  

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business