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L’Euro 2016 peut-il être le moyen de pression idéal pour les syndicats?

La tension est toujours vive à Air France.

La tension est toujours vive à Air France. - Dominique Faget - AFP

"Certains syndicalistes agitent déjà la menace d'une grève à la SNCF pendant la compétition, ce qui pourrait s'avérer être le meilleur moyen d'obtenir gain de cause. "

Été 1998. Pour la deuxième fois de son histoire, la France s’apprête à accueillir la Coupe du monde. Tout est prêt pour accueillir la planète football, des équipes participantes aux supporters venus de tous les continents. C’est ce moment que choisissent les pilotes d’Air France pour entamer un bras de fer avec leur direction, qui souhaite abaisser leur rémunération pour redresser les comptes - quoiqu’excédentaires - de la compagnie. Le message est clair: si Air France ne veut pas abîmer son image de marque (la compagnie est partenaire officiel du Mondial), le plan d’économies doit être abandonné.

À la SNCF, l'idée fait son chemin

Las, aucun camp ne cède, et un mouvement de grève est déclenché le 1er juin, à peine 10 jours avant le début de la compétition. Le conflit, très suivi, s’enlise. Trois quarts des vols sont annulés chaque jour. Il cesse finalement le jour même du match d’ouverture, avec 900 millions de francs de pertes à la clé pour l'entreprise. 

Ce scénario peut-il se reproduire lors de l’Euro 2016, qui débutera le 10 juin prochain en France? Dans un contexte social tendu dans le secteur des transports, l’idée fait son chemin. Plusieurs leaders de syndicats de cheminots ont déjà agité la menace d’un blocage durant l’événement. Alors que des inquiétudes subsistent quant à la desserte des enceintes sportives par les transports en commun, l’effet serait garanti.

Sans prendre clairement position, Philippe Martinez, le leader de la CGT n’a d’ailleurs pas écarté cette hypothèse.

Pilotes, contrôleurs et taxis sur le qui-vive

D’autant que des négociations sont en cours dans plusieurs secteurs clés.

À la SNCF, l’ouverture prochaine à la concurrence attise les craintes, et - fait rare - l’ensemble des syndicats se sont mis en grève mardi 26 avril, en guise "d’avertissement". Ils réclament une convention collective leur garantissant une protection contre un éventuel dumping social.

Du côté d’Air France, l’ambiance n’est pas non plus à la fête. Les deux plans d’économies intervenus lors des trois dernières années ont laissé des traces, et la grève historique de 2014 est encore présente dans les esprits. Aujourd’hui, les pilotes négocient encore à propos de leurs conditions de travail, pas vraiment disposés à travailler davantage sans contrepartie. Des discussions qui se passent pour l’instant sans heurts, mais dans lesquelles l’Euro 2016 pourrait s'inviter.

Les contrôleurs aériens, eux aussi, pourraient profiter de l’occasion pour se faire entendre. Une partie d’entre eux s’est d’ailleurs mise en grève en janvier dernier, pour réclamer des effectifs supplémentaires et une revalorisation de leurs primes.

Enfin, le gouvernement devrait garder un œil attentif sur la situation des taxis, dont la capacité de blocage n’est plus à démontrer. Si la tendance est à l’apaisement, la tension est encore vive et le conflit avec les VTC larvé. Autant d’ingrédients qui, s’ils sont combinés, pourraient venir gâcher la fête.