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L'ancien secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, est mort

L'ancien secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, est décédé à 60 ans, a annoncé sa famille ce lundi. Il avait quitté ses fonctions de président de l'Agence du service civique en juin pour "raisons de santé".

L'ex-leader syndical de la CFDT, François Chérèque, est décédé à 60 ans, "à la suite d'une longue maladie", a annoncé sa famille ce lundi 2 janvier. Il avait quitté ses fonctions de président de l'Agence du service civique et de haut-commissaire à l'engagement civique en juin "pour des raisons de santé", avait annoncé l'institution.

Président de cette agence depuis janvier 2014, l'ancien leader de la Confédération française démocratique du travail avait déjà annoncé en septembre 2015 suspendre temporairement ses fonctions pour suivre un traitement de chimiothérapie. Il avait ensuite repris son poste en janvier 2016. Il avait par ailleurs été nommé à la tête du nouvellement créé Haut-Commissariat à l'engagement civique en avril 2016. 

Culture de la négociation

Ce haut commissariat a pour mission d'organiser la montée en puissance du service civique, cette mission de volontariat pour les jeunes dont François Hollande voulait porter le nombre de bénéficiaires à 350.000 en 2018. 

Avant d'officier à la tête de ces institutions, François Chérèque a dirigé la CFDT, un syndicat dit "progressiste", pendant presque une décennie. Il était réputé pour y avoir développé une culture de la négociation. Élu en 2002, il a cédé la main à Laurent Berger en novembre 2012. 

En 2003, la CFDT en crise de confiance 

Ancien joueur de rugby à la carrure imposante, il se définissait comme un "ours", "réformiste et impatient" - le titre de son livre publié en 2005. Régulièrement courtisé par tous les gouvernements, de droite ou de gauche, qui voyaient en lui un acteur loyal pour accompagner les réformes, son penchant pour le compromis n'a pas toujours été apprécié.

Même s'il a dit n'avoir "aucun regret", l'accord passé avec le gouvernement Raffarin lors de la réforme des retraites en 2003 plongera la CFDT dans une crise de plusieurs années. Cette crise et les départs massifs de militants "l'ont beaucoup marqué. Il a compris que la confiance des militants est très importante. Il s'est mis à leur écoute", soulignait en 2012 Jean-Marie Pernot, chercheur à l'Ires.

Le moins brillant à l'école

Né le 1er juin 1956 à Nancy dans une famille de culture sociale-chrétienne, ce fils d'ouvrier métallurgiste est parvenu à se faire un prénom. Son père, Jacques Chérèque, fut ministre de Michel Rocard (1988-1991), après avoir été le numéro deux de la CFDT, aux côtés d'Edmond Maire.

Des cinq fils, il était pourtant le moins brillant à l'école. Dyslexique, médiocre en orthographe, s'exprimant dans un français souvent emberlificoté, il croit néanmoins en lui. Il apprend l'économie "sur le tas". François Chérèque devient éducateur spécialisé au centre hospitalier de Digne (Alpes-de-Haute-Provence), désormais sa terre d'adoption. Sa maison, près de Sisteron, était son "port d'attache".

Des mots durs envers Sarkozy

Responsable local de la CFDT pendant vingt ans, ce grand gaillard barbu, père de deux garçons, est imposé en 2002 par Nicole Notat à la tête de la CFDT. À l'époque patron de la puissante fédération Santé Sociaux, il est alors inconnu du grand public. Régulièrement invité dans les médias, il se soumet sans grand plaisir à l'exercice obligé.

Ses coups de sang ont rythmé pendant une décennie la vie politique et syndicale: il ne mâche pas ses mots quand il accuse Nicolas Sarkozy de "manipulation de l'opinion" et de "démagogie populiste" lorsque l'ex-président s'en prend aux syndicats lors de la campagne présidentielle de 2012. "François Chérèque, c'est un tempérament. À la fois doux et impétueux, il a su être compréhensif et combatif. Il incarne à merveille le militantisme qui défend les salariés jusqu'au conflit tout en privilégiant la négociation", résumait en 2012 le ministre du Travail Michel Sapin.

Un leader "autoritaire"

Décrit comme "autoritaire" au sein de sa direction y compris par certains de ceux qui partagent ses orientations, l'homme n'en a pas moins été apprécié des militants. En novembre 2012, lorsqu'il passe les pouvoirs à 56 ans à son dauphin Laurent Berger, avant la fin de son mandat, un millier de délégués lui rendent un hommage chaleureux. "Travailler avec François, c'est travailler à côté d'un responsable syndical qui avait de l'énergie, qui aime le combat, qui entraîne avec lui, et puis qui a eu un grand courage", disait de lui son successeur en mai 2016.

François Chérèque prend ensuite la présidence de Terra Nova, centre de réflexion proche du PS et rejoint l'Inspection générale des affaires sociales, chargé du suivi du plan gouvernemental sur la pauvreté. Cette reconversion alimente l'image d'un syndicat proche du pouvoir socialiste. Le patron de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, l'étrille: cela ne "donne pas une image d'indépendance syndicale".

Ce lundi, Laurent Berger, de son côté, lui rend hommage appuyé sur Twitter. 

N.G. avec AFP