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Chômage: modérer les salaires pour créer des emplois?

La rigidité des salaires empêche de redynamiser le marché de l'emploi.

La rigidité des salaires empêche de redynamiser le marché de l'emploi. - -

Les chiffres du chômage pour le mois d'avril, publiés ce jeudi 30 mai, devraient à nouveau être mauvais. Pour expliquer la dégradation du marché du travail, plusieurs économistes pointent du doigt la rigidité des salaires français, qui nuit à la compétitivité.

La grande bataille du gouvernement pour l'emploi va connaître un nouvel acte, ce jeudi 30 mai, avec la publication des chiffres du chômage pour le mois d'avril.

Sauf surprise de dernière minute, le nombre de demandeurs d'emploi va encore augmenter pour le 24eme mois consécutif. En avril, il avait déjà effacé le précédent plus haut de 1997, en culminant à 3,224 millions de demandeurs d'emploi, mais pour une population active plus importante qu'il y a seize ans.

Et de l'avis de l'OCDE comme de la Commission européenne, l'inversion de la courbe du chômage n'est pas prête d'arriver comm veut le croire François Hollande. La première table sur un taux à 10,7% pour cette année et à 11,1% pour l'année prochaine. La seconde prévoit 10,6% pour 2013 et 10,9% pour 2014.

La dégradation du marché de l'emploi est due à des causes structurelles. Ainsi la France perd en compétitivité, depuis "10 ans ou 15 ans", comme l'a encore rappelé Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, jeudi 28 mai, sur BFM Business. Et plusieurs organismes ont pointé du doigt le rôle joué par les salaires français dans ce décrochage.

Des salaires qui augmentent plus vite que la productivité

Dans une étude du 24 mai dernier, les économistes de Natixis soulignent que "le salaire réel ne réagit en France, ni au chômage, ni à l’évolution de la productivité ou de la compétitivité, ce qui révèle le caractère non concurrentiel du marché du travail". Pour eux, la rigidité des salaires empêche ainsi une amélioration du marché du travail "et de la compétitivité".

Ce diagnostic est partagé par le Conseil d'analyse économique (CAE), chargé de conseiller le Premier ministre en matière de politique économique. Dans une note publiée le 23 avril, ils soulignaient ainsi une tendance inquiétante: l'écart entre la productivité du travail, qui tend à stagner, et les salaires réels nets "qui ne fléchissent pas".

Depuis 2008, la hausse moyenne de ces salaires a ainsi été de 0,8% par an dans le secteur privé. "Ce décalage laisse craindre une dégradation supplémentaire de la situation de l'emploi", poursuivait le CAE qui ajoutait plus loin que "cette évolution est préoccupante". Ces économistes se gardaient bien, toutefois, de réclamer des ajustements salariales, en raison de la faible inflation.

Réformer le SMIC?

L'OCDE, elle, va plus loin. Dans son rapport 2013 axé sur la France, et publié en mars dernier, le club des pays riches s'attaquait au smic, estimant que le salaire minimum, rapporté au salaire médian, est trop élevé en France.

"Si le smic permet de limiter les inégalités salariales des travailleurs à temps plein, ce n’est pas un instrument efficace pour réduire les inégalités de revenu ou pour combattre la pauvreté en raison de ses retombées en termes de temps partiel subi,de chômage des jeunes et des travailleurs peu qualifiés", expliquait l'organisation.

L'OCDE recommandait ainsi "de poursuivre la modération salariale au niveau du salaire minimum, et d'envisager un ajustement du salaire minimum du niveau régional". Autrement dit, elle préconise d'ajuster le salaire minimum en fonction du coût de la vie d'une région à une autre. Il est vrai qu'un smic à Paris n'équivaut pas à un smic à Limoges.

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Julien Marion