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Ces usines menacées de fermeture qui pèsent sur le climat social

Les salariés de Ford à Blanquefort (Gironde) ont rejeté à nouveau le plan social accompagnant une fermeture du site, qui emploie 850 personnes.

Les salariés de Ford à Blanquefort (Gironde) ont rejeté à nouveau le plan social accompagnant une fermeture du site, qui emploie 850 personnes. - Georges Gobet-AFP

Dans l'automobile ou l'imprimerie les clignotants s'allument avec les menaces ou velléités de fermetures d'usines. Le risque de cessation de l'activité de ces sites menace l'emploi en régions comme l'usine Ford près de Bordeaux ou celles du papetier Arjowiggins près du Mans.

En 2018, si l'Hexagone a continué d'enregistrer un nombre d'ouvertures d'usines plus important que celui des fermetures, ces dernières continuent de défrayer la chronique. Automobile, imprimerie, métallurgie: les clignotants s'allument dans plusieurs secteurs industriels avec son cortège de menaces de fermetures de sites de production et de plans sociaux à venir pour 2019. Voici les principaux dossiers "chauds" qui pèsent sur le climat social, l'emploi et le redressement industriel de la France.

Usine Ford de Blanquefort: 850 emplois

Le constructeur automobile américain a annoncé début 2018 son intention de se désengager de l'usine de boîtes de vitesse, implantée en 1972 et qui emploie quelque 850 personnes près de Bordeaux. Il a refusé une offre de reprise, début décembre 2018, de la société franco-belge basée à Strasbourg Punch-Powerglide, pourtant appuyée par l'Etat et les syndicats. Ford a présenté un plan social entérinant et accompagnant la fermeture du site. Une première mouture de ce plan, rejetée par le CE le 18 décembre dernier, avait été ensuite retoquée le 28 janvier par la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte). Et pendant ce temps, le compte à rebours tourne, avec la fin de production à Blanquefort -déjà au ralentie- programmée pour fin août 2019...

Trois usines Arjowiggins: 950 emplois.

Trois usines d'Arjowiggins ont été placées en redressement judiciaire et mises à l'arrêt début janvier 2019 par la maison-mère Sequana, après l'échec en décembre de la vente de ces activités à un groupe néerlandais, Fineska. Ces usines sont pénalisées par une trésorerie suffisante, dans un contexte de très forte augmentation des coûts de la pâte à papier. Les deux principaux sites menacés du groupe papetier sont situés dans la Sarthe: une usine de papiers couchés localisée à Bessé-sur-Braye (648 salariés) et une usine est située à Saint-Mars-La-Brière (293 salariés). Un troisième site de papier recyclé situé à Chateaux-Thierry dans l'Aisne emploie 76 salariés. Des candidats à la reprise de deux principaux sites sarthois ont déposé leurs offres auprès des administrateurs judiciaires. Les audiences de reprise sont prévues devant le tribunal de commerce le 27 février et le 6 mars prochains.

L'usine d'Arjowiggins Security: 240 emplois.

  • Les salariés occupent le site de Jouy-sur-Morin (Seine-et-Marne) depuis la liquidation judiciaire le 16 janvier 2019 de l'entreprise d'Arjowiggins Security. Cette ancienne filiale du groupe papetier Sequana avait été vendue en 2018 à un fonds d'investissement suisse, Blue Motion Technologies Holding. Les salariés du site, quasiment condamné à la fermeture, n'espèrent plus la reprise de l'activité, mais une prime de licenciement "extralégale" de 50.000 euros pour chacun des 240 salariés. Ce site fabrique des papiers spéciaux sécurisés pour cartes grises, passeports, billets et chèques de banque. En guise de protestation, pour interpeller le gouvernement, les salariés avaient déjà brûlé une partie de leur stock de papiers. Ils ont aussi jeté au feu du papier pour billets de banque destiné à leurs clients étrangers, parmi lesquels figurent la Belgique, la Chine, l'Allemagne, l'Inde ou le Royaume-Uni.

L'usine du Japonais Ibiden: 300 emplois.

Le groupe japonais Ibiden a confirmé mi-janvier aux salariés la fermeture de son usine de filtres à particules pour véhicules diesel située à Courtenay (Loiret), qui emploie plus de 300 personnes. En novembre 2018, le groupe avait déjà exprimé son intention de fermer le site en raison de la baisse des ventes de voitures de diesel. L'entreprise, qui produit des filtres à basse porosité, avait expliqué que ce produit ne correspondait plus aux nouvelles normes anti-pollution. Reste qu'il est toujours possible à d'éventuels candidats de déposer des offres durant les trois mois que durera la procédure préalable au licenciement des salariés. Il y a deux ans, l'usine de Courtenay avait échappé à une délocalisation de sa production vers la Hongrie. Le personnel avait obtenu le report du projet jusqu'en 2020.

L'usine de CKB Connectivity: 162 emplois.

En janvier 2019, les employés de cette usine installée à Allones dans la Sarthe près du Mans (72) qui fabrique des connecteurs pour l'industrie ferroviaire (40%) et l'offshore pétrolier (60%), ont appris que l'activité serait délocalisée en Pologne et au Texas. Le site doit fermer d'ici l'été 2020 et les premiers licenciements pourraient intervenir d'ici fin 2019. En signe de protestation, plus d'une centaine de salariés ont érigé, vendredi 7 février, 162 croix formant un cimetière où l'on pouvait voir déambuler un manifestant déguisé en faucheuse. CBK-TE Connectivity est implanté depuis 53 ans dans l'agglomération du Mans et depuis 8 ans à Allonnes.
Le maire d'Allones veut réunir les présidents de région et de la métropole du Mans pour "réclamer le remboursement de 750.000 euros d'aides publiques à l'actionnaire", si celui-ci ne revoit pas sa position.

Le site historique de Peugeot dans le Doubs : 200 emplois

Le constructeur automobile PSA a présenté la semaine dernière aux syndicats un projet de fermeture du site de Hérimoncourt (Doubs), dont les 200 salariés se verront proposer un reclassement sur d'autres sites de la région. L'activité principale de ce site PSA est le reconditionnement de moteurs usagers destinés à être revendus et réemployés dans des automobiles. Cette activité sera transférée vers le site de Vesoul (Haute-Saône), à environ 80 km. L'atelier assemble aussi des moteurs neufs en toute petite série, une production cependant insuffisante pour assurer sa pérennité. La direction reconnaît que tous les salariés ne voudront probablement pas aller à Vesoul mais assure qu'il y aura des possibilités de reclassement en interne pour tout le monde sur le bassin d'emploi. L'usine PSA de Sochaux est située à une dizaine de km de Hérimoncourt, celle de Mulhouse à une soixantaine de km. Les salariés auront le choix d'aller à Sochaux, Vesoul ou Mulhouse,

Frédéric Bergé avec AFP