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39h payées 37 chez Smart en Moselle: les ouvriers dressent un premier bilan peu reluisant

Le gouvernement mise sur la flexisécurité pour réformer le marché du travail, en offrant plus de souplesse aux entreprises et un meilleur accompagnement des salariés. Ce modèle est-il valable? Retour sur l'expérience vécue par les salariés Smart de Hambach, qui ont accepté de travailler plus sans hausse de salaire pour éviter les licenciements.

Alors que la réforme du code du travail est à l'ordre du jour du Conseil des ministres de ce mercredi, les adversaires de ce projet craignent qu'une flexibilité accrue permette aux patrons d’exercer un "chantage à l’emploi" sur les salariés. Huit mois après la mise en place des nouveaux rythmes de travail décidés par référendum à l'usine Smart de Hambach, en Moselle, qui emploie quelque 800 personnes et produit 100.000 véhicules par an, le premier bilan de l'expérience n'est pas reluisant pour les ouvriers. Cadence soutenue, horaires décalés… Les salariés ont l’impression de sacrifier beaucoup sans aucun retour. "C'est assez dur, on termine le soir à 23 heures, la vie de famille en prend un coup, on ne voit pas souvent nos enfants" témoigne une salariée à l'antenne de BFMTV.

Le 16 décembre 2015, 56% des salariés du site ont accepté le Pacte 2020 leur demandant de travailler 39 heures payées 37. Une mesure destinée à augmenter la compétitivité du site grâce à la baisse du coût horaire du travail, pour éviter que leur usine ne soit transférée en Slovénie. Mais lors du référendum pour entériner ce choix, la majorité des ouvriers votent contre le changement d’horaires. Ce sont les suffrages des cadres et employés qui font basculer le résultat. Le plan voté prévoit un retour aux 37 heures en 2019, puis aux 35 heures en 2020. Avec en échange la promesse de ne procéder à aucun licenciement économique.

Un taux d'absentéisme en hausse

Mais pour les syndicats, la pression exercée sur les salariés est de plus en plus forte. "La direction est partie dans l'objectif d'accroître la productivité. Actuellement elle essaie par tous les moyens de supprimer encore des postes de travail. Les gens sont de plus en plus surchargés", lance Samir Boualit, secrétaire général CGT de Smart.

Selon les syndicats, le taux d'absentéisme dans l'entreprise frôle les 10%, alors que la moyenne nationale est de 4,5%. La direction ne s'exprime pas sur le sujet.

Victor Lassalle, Anne-Sophie Warmont, C.C.