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Valls touche les patrons mais sème le trouble politique

Manuel Valls a suscité l'enthousiasme de l'auditoire à l'université d'été du Medef.

Manuel Valls a suscité l'enthousiasme de l'auditoire à l'université d'été du Medef. - FRED DUFOUR - AFP

Le discours très pro-entreprises du Premier ministre à l'université d'été du Medef a un peu plus hérissé les députés frondeurs, pas vraiment convaincu la droite, mais enthousiasmé le Medef.

Le Premier ministre, Manuel Valls, s'est rendu ce mercredi à l'université d'été du Medef. De toute l'histoire de ce rendez-vous, Jean-Marc Ayrault restait avant lui le seul Premier ministre à avoir pris une telle initiative. L'actuel occupant de Matignon y a prononcé un discours en forme de déclaration d'amour aux entreprises qui a déclenché une ovation générale de l'assemblée de patrons.

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"J'aime l'entreprise", il faut "cesser d'opposer Etat et entreprises", a martelé le chef du gouvernement. Une position qui ne pouvait que plaire à Pierre Gattaz, le patron du Medef. "C'est le discours que les entreprises attendaient", s'est-il enthousiasmé sur BFM Business.

Scepticisme dans les allées du campus

En confirmant que "les entreprises n'étaient ni de gauche, ni de droite", il a fait preuve de "courage, de clairvoyance, de cohérence, de lucidité, de pragmatisme", a listé le patron de l'organisation patronale. "Pour un homme de gauche, c'est bien qu'il s'exprime comme cela", a-t-il ajouté.

Jean François Buet, le patron de la FNAIM, a pour sa part évoqué "une analyse de la situation claire, un discours réaliste qui demande à tout le monde de faire des efforts, rassembleur".

Pourtant, dans les allées du campus d'HEC, où se tient l'événement, les impressions semblaient moins convenues. Selon l'AFP un certain scepticisme était perceptible parmi les entrepreneurs de l'assistance. Les "on n'y croit pas" ou les railleries ne manquaient pas dans les bavardages, comme par exemple sur "la simplification de la vie des entreprises dont on entend parler depuis 20 ans".

Un copié-collé de Tony Blair

Réaction bien plus tranchée à la gauche de la gauche, pour des raisons évidemment très éloignées. Le député Laurent Baumel, membres des frondeurs, a ainsi évoqué son "trouble", mercredi après-midi sur BFMTV.

"C'est la première fois qu'un Premier ministre socialiste fait applaudir des piques contre des députés socialistes par le syndicat patronal", s'est-il indigné. L'élu fustige en outre un discours "copié-collé du type de discours que Tony Blair tenait entre 95 et 99 en Grande Bretagne", quand le travailliste avait converti son parti à l'économie de marché. Une manière, selon Laurent Baumel, de "rompre avec tout ce à quoi nous avons cru à gauche pendant des décennies".

Paradoxalement, le Premier ministre n'a pas davantage obtenu l'adhésion à droite. "Le discours est sur un ton aimable", mais Manuel Valls "n'est pas à la hauteur du sujet", a lancé le député UMP Hervé Mariton.

Les réformes que le chef du gouvernement s'engage à appliquer, "la droite les avait déjà engagées", minimise le député de la Drôme. Il appelle à aller plus loin, par exemple pour "que le temps de travail se décide au niveau de l'entreprise, un choix que ne fait pas le Premier ministre. Le tabou des 35 heures reste là". De plus, selon le parlementaire UMP, "nous avons besoin d'économies budgétaires bien plus rigoureuses" que celles prévues par l'exécutif.

Nina Godart