BFM Business

UE: la France bénéficie-t-elle d'un régime de faveur pour ses déficits par rapport à l'Italie?

-

- - AFP

Pierre Moscovici, le commissaire européen aux affaires économiques, assure que dépasser les 3% de déficit est "envisageable" de façon "exceptionnelle".

S'il est "limitée, temporaire et exceptionnelle", le dépassement probable l'an prochain par le déficit français de la limite de 3% du PIB est "envisageable". Dans une interview au Parisien parue ce mercredi, Pierre Moscovici a choisi de passer outre les critiques qui se multiplient en Allemagne. 

"Si l'on se réfère aux règles: dépasser cette limite peut être envisageable de manière limitée, temporaire, exceptionnelle", relève le commissaire européen aux affaires économiques, interrogé par un éventuel rejet par la Commission européenne du budget français pour 2019 si le déficit dépassait les 3%.

"Chaque mot compte: le dépassement éventuel des 3% ne doit pas se prolonger sur deux années consécutives, ni excéder 3,5% sur un an", insiste Pierre Moscovici. Pour le commissaire européen, les mesures annoncées lundi soir par le président Emmanuel Macron étaient en effet "indispensables pour répondre à l'urgence du pouvoir d'achat".

Le chef de l'Etat a annoncé notamment une augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, la défiscalisation des heures supplémentaires, l'annulation d'une hausse de la CSG pour une partie des retraités, toute une série de mesures chiffrées à environ 10 milliards d'euros qui devraient faire déraper le déficit français à environ 3,4% du Produit intérieur brut (PIB) pour 2019 contre une prévision initiale de 2,8%.

"Il n'y a pas d'indulgence"

Pierre Moscovici a rejeté l'idée d'un traitement plus favorable de la France par rapport à l'Italie, dont la proposition de budget pour 2019, prévoyant un déficit à 2,4%, a été rejetée par Bruxelles. "Il n'y a pas d'indulgence, ce sont nos règles et rien que nos règles", a-t-il martelé. Et d'ajouter: "Ne faisons surtout pas comme s'il y avait d'un côté une sévérité excessive et de l'autre je ne sais pas quel laxisme".

La comparaison avec l'Italie "est tentante mais erronée car les situations sont totalement différentes", souligne Pierre Moscovici, en notant que "la commission européenne surveille la dette italienne depuis plusieurs années" ce qu'elle n'a "jamais fait" pour la France.

Le vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio avait estimé mardi que les mesures annoncées par Emmanuel Macron risquaient de créer "un problème" à Bruxelles "si les règles sont les mêmes pour tous".

"Si en France les règles sur le rapport déficit/PIB sont les mêmes que pour l'Italie, alors il est clair et évident que là aussi je m'attends à ce que la Commission ouvre une procédure" pour déficit excessif, concluait Luigi Di Maio.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco