BFM Business

Pierre Moscovici: la dette italienne "reste explosive"

Même si le déficit italien pour 2019 sera moins élevé que celui de la France, il inquiète la Commission européenne. Le commissaire européen aux Affaires économiques invité de BFMTV-RMC ce vendredi, explique que Bruxelles n'a "pas intérêt" à une crise avec l'Italie, mais n'a pas intérêt non plus à "ce qu'elle ne réduise pas sa dette, qui reste explosive."

Le mois de septembre est toujours la période des calculs budgétaires pour les États. Paris a présenté le sien lundi et Rome, après de longues discussions au sein de la coalition, a arrêté ses choix jeudi soir. Dans son budget 2019, la France prévoit un déficit budgétaire de 2,8% de son PIB, plus élevé que l'Italie à 2,4%. Pourtant c'est bien ce dernier qui sera dans le viseur de la Commission européenne.

Car ces niveaux de déficit ne sont pas ceux regardés en priorités par Bruxelles. À côté de ces données, "il y a ce qu'on appelle les déficits structurels, ceux qui sont indépendant de la croissance", rappelle ce vendredi Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques, sur BFMTV-RMC. "Il est vraisemblable que celui de l'Italie va augmenter alors que celui de la France va baisser."

De plus, le déficit français sera alourdi en 2019 par la bascule du CICE en baisses de cotisations, ce qui creuse le déficit de 0,9 point, mais uniquement sur une année. Sans cette mesure exceptionnelle, le déficit français serait à 1,9%.

La dette italienne "reste explosive"

Le problème de l'Italie est que le déficit "repart, alors que la dette", qui s'élève à 132% PIB, "elle est toujours là", pointe Pierre Moscovici. "Nous avons des règles pour ça, et ces règles doivent faire en sorte que la dette publique n'augmente pas."

Le 15 octobre, le budget 2019 italien va arriver sur le bureau du commissaire européen pour être évalué par ses services. Que se passe-t-il s'ils décrètent que Rome ne respecte pas ses engagements européens? Soit "on échange avec le gouvernement italien, on dit 'ça ne va pas il faut des corrections'", soit "'ça ne va pas du tout' et on rejette ce budget", a détaillé Pierre Moscovici.

La dernière possibilité existe, mais elle ne s'est jamais produite pour l'instant. "Nous n'avons pas intérêt à une crise entre la Commission et l'Italie", insiste Pierre Moscovici. "Mais nous n'avons pas non plus intérêt à ce que l'Italie ne respecte pas les règles et à ce qu'elle ne réduise pas sa dette, qui reste explosive."

"Si la dette publique augmente alors nous créons une situation instable pour le moment où la conjoncture se retourne. Je ferai en sorte dans mon dialogue avec les autorités italiennes [...] que l'Italie soit capable de rester dans l'esprit commun. Des sanctions sont théoriquement possibles [...] je ne suis pas dans l'esprit des sanctions."

La dette française "n'est pas un danger"

De son côté, la France n'est pas non plus un élève modèle. "Sa dette publique élevée, d'après ce que je vois elle ne va pas diminuer", déplore Pierre Moscovici, même si "la dette française est une dette soutenable ce n'est pas un danger pour les finances publiques."

Néanmoins "ce qui compte c'est les déficits structurels", martèle le commissaire européen. Bruxelles recommande à la France de le faire baisser de 0,6 point par an. Or, cette année elle devrait le faire baisser de 0,1 point et de 0,3 l'année prochaine. "C'est moins que ce qui est prévu, mais ça continue à baisser", tempère Pierre Moscovici. "Les choses vont dans le bon sens."

Jean-Christophe Catalon