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Le gouvernement italien prévoit une croissance nulle pour cette année

Le ministre des Finances italien Giovanni Tria.

Le ministre des Finances italien Giovanni Tria. - John Thys - AFP

Compte tenu du ralentissement généralisé dans la zone euro, le ministre de l'Économie italien a déclaré dimanche que la croissance serait nulle cette année, malgré les mesures de relance qui creusent le déficit.

L'Italie se dirige vers une croissance nulle pour 2019, a déclaré dimanche le ministre italien de l'Economie, Giovanni Tria, qui ne prévoit pas pour autant de loi de finances rectificative.

"Nous sommes devant un ralentissement général de la croissance dans toute l'Europe et en Italie, en 2019, on se dirige vers zéro", a déclaré Giovanni Tria, lors d'un colloque économique à Florence. "L'Allemagne est à l'arrêt et, en conséquence, la partie la plus productive de l'Italie s'est arrêtée aussi. Et comme l'Italie depuis des années croit de un point [de pourcentage] de moins que les autres pays européens, nous nous dirigeons vers le zéro."

"Personne ne nous demande une manœuvre (loi de finances) rectificative, donc je l'exclus", a-t-il ajouté.

Le gouvernement prévoyait initialement 1%

Le gouvernement populiste, formé de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), prévoyait jusqu'ici une croissance de 1% cette année. Il compte notamment sur une de ses mesures phares, le revenu de citoyenneté (RDC) promis par le M5S et qui doit entrer en vigueur au premier semestre pour relancer l'activité.

La Banque centrale italienne et le Fonds monétaire international (FMI) tablent eux sur une hausse du PIB italien de 0,6% et la Commission européenne sur 0,2% en 2019.

La principale association du patronat italien, Confindustria, avait déjà annoncé mercredi prévoir une stagnation de la croissance cette année et une hausse de seulement 0,4% en 2020. Mais le pire est peut-être à venir, a mis en garde le patronat pour qui le budget 2019 a hypothéqué les finances publiques pour l'année suivante.

Le déficit se creuse

Les principales mesures adoptées en 2019 par le gouvernement -le RDC et l'abaissement de l'âge de la retraite pour certaines catégories- ont en effet été faites en creusant le déficit des comptes publics.

L'Italie a enregistré en 2018 une croissance de 0,9% de son PIB, avec un net ralentissement en fin d'année puisque le pays est entré en récession technique au second semestre. Le chiffre de 0,9% marque un net ralentissement par rapport au 1,6% de croissance enregistrée en 2017. Il s'explique par un ralentissement de la consommation intérieure, des exportations et des investissements. La péninsule, dont le PIB a reculé de 0,2% au 4e trimestre, après -0,1% au précédent, est le seul pays de la zone euro dans cette situation.

Pour 2019, après un bras de fer avec la Commission européenne sur son projet de budget, la coalition avait accepté de revoir à la baisse son déficit, le faisant passer à 2,04% contre 2,4% prévu initialement. Pour faire face au ralentissement, le gouvernement italien estime nécessaire de mettre en oeuvre un budget expansionniste.

Mais si la croissance s'avère inférieure au 1% initialement prévu, le déficit risque de se creuser davantage et de provoquer un nouveau bras de fer avec Bruxelles. La Commission juge en effet crucial que l'Italie réduise sa colossale dette publique. Supérieure à 2300 milliards d'euros, elle s'élevait en 2018 à 132% du PIB, son record historique absolu, contre 131% en 2017. Un chiffre là aussi supérieur aux attentes de la coalition.

Jean-Christophe Catalon avec AFP