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Brexit: que va-t-il se passer maintenant?

Boris Johnson

Boris Johnson - Capture BFMTV

Après avoir apporté un soutien initial à l'accord de Brexit, les députés britanniques ont rejeté le calendrier du gouvernement qui souhaitait examiner la loi d'application du traité de sortie en à peine trois jours. Un vote qui rend peu probable une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne le 31 octobre et qui, de fait, prolonge le feuilleton débuté il y a plus de trois ans.

Boris Johnson a vécu mardi une soirée plus que mitigée. Tout avait pourtant bien commencé. Peu après 20 heures, l’accord de retrait sur le Brexit obtenu à l’arrachée par le locataire de Downing Street a obtenu un soutien initial de la Chambre des Communes. Un vote presque historique: c’est la première fois que le Parlement britannique se prononce favorablement à un texte lié au Brexit depuis le référendum de juin 2016.

Mais c’était sans compter sur les éternels rebondissements qui animent le feuilleton du Brexit depuis trois ans. Car dans la foulée, le Premier ministre britannique a perdu un autre vote crucial, les députés ayant rejeté l’agenda accéléré du gouvernement qui prévoyait d’examiner la loi d’application de l’accord de sortie en à peine trois jours. Avec ce nouveau revers, la promesse de Boris Johnson de faire sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne au 31 octobre semble clairement compromise.

Cette nouvelle soirée chaotique au Parlement britannique bouleverse donc à nouveau le calendrier du Brexit et relance plusieurs scénarios pour les jours à venir. Certains étant plus crédibles que d’autres.

Nouveau report et sortie avec accord

C’est désormais l’option la plus probable. Si les députés d’outre-Manche ont vraisemblablement mis un terme à tout espoir de voir le Royaume-Uni sortir de l’UE le jour d'Halloween, Boris Johnson reste déterminé à livrer le Brexit avec son accord. Dans ces conditions, un nouveau report semble inéluctable.

D’ailleurs, en vertu d'une loi adoptée en septembre, le Premier ministre s'est déjà vu contraint samedi de demander à l'Union européenne un report de trois mois, jusqu'au 31 janvier 2020. À contrecœur toutefois, puisque les Européens ont reçu trois lettres de Londres, dont une non signée demandant la prolongation et une autre dans laquelle Boris Johnson expliquait qu’il ne souhaitait pas ce report.

Mardi soir, ayant compris que les Britanniques ne pourraient pas respecter les délais après le vote de la Chambre des Communes, le président du Conseil européen Donald Tusk a dit consulter les dirigeants des 27 États membres de l’UE sur cette demande de prolongation, préconisant d’y répondre favorablement. Et il devrait logiquement être suivi. 

Toutefois, cette extension pourrait être inférieure à trois mois. Or, si l’Union européenne propose une date différente, Boris Johnson devra l’accepter. La France s’est notamment dit prête à un report "technique" de "quelques jours". Dès lundi, Berlin s'était également dit ouvert à un "court report technique au cas où le Royaume-Uni rencontre des problèmes dans le processus de ratification". Une prolongation serait la troisième pour le Brexit, prévu initialement le 29 mars dernier.

Si l'Union européenne accorde un report, même court, les députés auront le temps d’examiner et d'adopter la loi d'application du traité de sortie. D'autant que le soutien initial qu'ils lui ont apporté mardi ouvre la voie à des débats plus détaillés. Ce qui renforce un peu plus l’hypothèse d’une sortie ordonnée.

Sortie sans accord

C'est l'hypothèse par défaut si aucune extension n'est accordée par les Européens, exaspérés de l'incapacité du Royaume-Uni à sortir de cette crise. Dans ce cas, le Royaume-Uni sortirait de l'UE le 31 octobre à minuit.

S’il a perdu en crédibilité ces derniers jours, ce scénario reste particulièrement redouté par les milieux économiques, qui craignent une dégringolade de la livre (causant par ricochet une hausse des prix), voire une récession, avec le rétablissement de droits de douane et le spectre de pénuries de produits alimentaires, d'essence et de médicaments. Boris Johnson a annoncé mardi, après le rejet de l'examen accéléré, que le gouvernement allait "accélérer les préparatifs pour un no-deal".

Elections anticipées

Quelle que soit la suite des événements, la crise politique dans laquelle est plongée le Royaume-Uni est telle que des élections législatives anticipées paraissent inévitables. Tous les partis politiques s'y préparent activement. Des élections peuvent être déclenchées si le principal parti d'opposition, le Labour (gauche), soutient une motion de censure mais il a pour l'instant dit vouloir d'abord écarter l'hypothèse d'une sortie sans accord.

Les sondages plaidant en sa faveur, Boris Johnson a aussi tenté à deux reprises, sans succès, de déclencher ces élections. Il a de nouveau brandi cette menace mardi avant les votes mais n'a pas précisé ses intentions après leurs résultats. Pour lui, ce scrutin est la seule chance de regagner la majorité qu'il a progressivement perdue au fil des défections ou des exclusions de députés rebelles. En cas de report long du Brexit et de difficultés à faire ratifier l’accord de retrait au Parlement, des élections anticipées pourraient lui permettre de dégager une majorité claire qui serait capable d’approuver le texte.

Nouveau référendum

C'est l'option défendue par le Parti travailliste, principale formation d'opposition, en cas de victoire aux élections et réclamée encore samedi lors d'une importante manifestation dans les rues de Londres.

Le soutien d'une majorité de députés à un tel scrutin, qui risquerait de raviver un peu plus les divisions, est loin d'être certain. Et le résultat est tout aussi aléatoire.

Paul Louis avec AFP