BFM Business

Brexit: pourquoi la date butoir du 29 mars s'éloigne peu à peu

-

- - Daniel Leol-Olivas - AFP

Theresa May a défendu une dernière fois ce mardi l'accord sur le Brexit devant le Parlement britannique. À quelques heures d'un vote décisif, la dirigeante conservatrice ne semble toutefois pas avoir convaincu les Brexiters. Dans ces conditions, l'idée d'un report au-délà de la date prévue du 29 mars fait son chemin, tant du côté des Britanniques que des Européens.

Deux heures de rencontre et une conférence de presse commune au ton très solennel. Voilà les efforts entrepris lundi soir à Strasbourg par la Première ministre Theresa May et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker pour tenter de sauver l’accord de divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Dans son discours de la dernière chance prononcé ce mardi, la dirigeante conservatrice a défendu avec vigueur le texte de 600 pages devant le Parlement britannique, à quelques heures d'un vote crucial.

"Si l'accord n'est pas approuvé ce soir, le Brexit pourrait être perdu", a menacé Theresa May d'une voix fortement enrouée, devant la Chambre des communes.

Pas sûr que cela suffise à faire adopter l'accord au vu des maigres concessions accordées par Bruxelles, à 18 jours de la date de sortie officielle fixée au 29 mars. Lundi soir, Theresa May a en effet annoncé avoir obtenu des garanties légalement contraignantes sur le fameux backstop (ou filet de sécurité) qui cristallise toutes les tensions depuis des mois.

Mais ces garanties se résument finalement à l’engagement de Bruxelles de ne pas "piéger le Royaume-Uni dans le filet de sécurité indéfiniment", a précisé le vice-Premier ministre britannique David Lidington. Il "reflète l'engagement du Royaume-Uni et de l'UE à travailler au remplacement du filet de sécurité avec des arrangements alternatifs d'ici décembre 2020", a-t-il tenté de rassurer.

Le chef du parti travailliste appelle à voter "contre"

Pour rappel, le backstop doit permettre de garder temporairement ouverte la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Avec un calendrier précis: Jusqu’au 31 décembre 2020, fin de la période de transition, le Royaume-Uni restera dans l’Union douanière le temps de trouver un accord commercial avec l’UE. L’Irlande du Nord sera quant à elle toujours assujettie aux règles et normes européennes en matière sanitaires et de taxes. Si les discussions échouent, le backstop s’active et la libre-circulation des biens est maintenue, jusqu’à ce que Britanniques et Européens s’accordent sur leurs relations futures. Or, les pro-Brexit craignent que ce filet de sécurité ne soit sans fin et que le pays reste attaché indéfiniment à l’Europe.

Si David Lidington assure que l’accord soumis au vote du Parlement ce mardi est "amélioré", il y a fort à parier que les Brexiters jugent peu convaincantes les garanties arrachées par la Première ministre à Strasbourg. Le chef du Labour, premier parti d’opposition britannique, Jeremy Corbyn, a d’ores et déjà appelé lundi soir les députés à voter une nouvelle fois contre l’accord sur le Brexit, après un premier rejet massif en janvier.

"L’accord annoncé ce soir avec la Commission européenne ne contient rien qui ressemble aux changements promis au Parlement par Theresa May", a-t-il déclaré, accusant la dirigeante conservatrice d’avoir "joué la montre". De son côté, le chef des députés du DUP, la formation unioniste nord-irlandaise dont le soutien est essentiel pour que l'accord passe à la Chambre des Communes, a accueilli les annonces prudemment. "Nous allons certainement analyser cela avec beaucoup, beaucoup de soin", a déclaré Nigel Dodds.

Mais "il y a 30% de chances que l'accord soit approuvé" par le Parlement britannique, a estimé ce mardi un haut responsable européen. L'attorney général britannique, Geoffrey Cox, a lui même jugé que le "risque judiciaire" du backstop restait "inchangé", ouvrant la voie à un probable rejet de l'accord lors du vote. 

"Il n'y aura pas de troisième chance"

L’espoir est donc mince. Sauf surprise, la Première ministre risque d'essuyer un nouveau revers au Parlement ce mardi soir. Et ce malgré l’ultime tentative de Jean-Claude Juncker de faire pression sur les députés: "Ce que nous avons sécurisé est très clair: le filet de sécurité ne peut être indéfini et permanent, ce ne peut être que temporaire si jamais nous devons y recourir. […] C’est cet accord ou le Brexit pourrait ne pas se produire du tout. Il n’y aura pas de troisième chance", a menacé le président de la Commission européenne lundi.

Si le rejet était confirmé, les élus britanniques seraient invités à se prononcer à nouveau mercredi, cette fois sur l’acceptation d’un Brexit sans accord. Le "non" devrait l’emporter, ce qui ouvrirait la voie à un troisième vote le même jour ou jeudi. Il s’agira alors pour le Parlement de décider ou non d’un report du Brexit.

Un report au 24 mai?

En cas de report approuvé par les élus outre-Manche, Theresa May devra retourner négocier à Bruxelles pour arracher un nouvel accord. Du moins si les 27 états membres autorisent unanimement les négociateurs européens à rouvrir les discussions.

Car jusqu’à présent, les dirigeants européens s’étaient montrés prudents à l’idée d’un report du Brexit au-delà du 29 mars. Ces derniers, qui se sont toujours opposés à une modification de l’accord, ont appelé à plusieurs reprises les Britanniques à "justifier les raisons" d’une extension. Emmanuel Macron lui-même s’était dit prêt à "examiner une demande" de prolongation à condition qu’elle s’accompagne d’une "perspective claire sur l’objectif poursuivi". En clair, pas la peine d’accepter un report sans vision précise pour se retrouver dans une situation identique dans deux mois.

Mais ces derniers temps, Bruxelles semble de plus en plus ouvert à l’option d’un report. Si Londres le demandait, il serait en effet difficile pour l’UE de refuser, car les 27 veulent éviter de porter la responsabilité d’un "hard Brexit".

Resterait à fixer la date de ce report. Selon Le Figaro, le négociateur en chef du Brexit, Michel Barnier, et le secrétaire général de la Commission, Martin Selmayr, ont déjà évoqué le 24 mai. Soit pendant les élections européennes auxquelles le Royaume-Uni ne pourrait participer s’il veut sortir de l’UE. "Le Brexit devrait être achevé avant les élections européennes du 23 au 26 mais", sans quoi "il sera légalement requis que le Royaume-Uni y participe", a confirmé Jean-Claude Juncker.

Paul Louis