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Une feuille de paie très politique

modèle officiel de bulletin de paie

modèle officiel de bulletin de paie - -

Entre la retenue à la source et la baisse des cotisations le gouvernement rend visible sa politique sur les feuilles de paie

« Cette fois-ci pas le droit à l’erreur. La bataille du pouvoir d’achat se gagne maintenant ou se perd définitivement », voilà ce que glissait la semaine dernière un membre de la majorité qui découvrait les dernières feuilles de paie mise place sur les salaires d’octobre. Rappel des épisodes précédents: le candidat Macron avait promis pendant la campagne une bascule entre cotisations sociales et CSG: augmentation d’1,7 point de la CSG, suppression des cotisations chômage et maladie. Opération neutre pour l’état mais pas pour les français. Les salariés y gagnaient (250€ par an au niveau du SMIC), les retraités y perdaient, ne bénéficiant pas des suppressions de cotisations salariés.

Choc fiscal

Opération déjà complexe à vendre politiquement et qui est devenu franchement impossible quand il a fallu renoncer pour des raisons budgétaires à supprimer d’un coup les cotisations. Seule une première partie des cotisations chômage était supprimée, le reste (0,95%) à venir plus tard, en l’occurrence le premier octobre (ce décalage permettant de faire rentrer dans les caisses publiques 3,5 milliards€ supplémentaires sur l’année 2018)

Entre temps s’est développée la thématique du choc fiscal et de la baisse du pouvoir d’achat, même si les chiffres peinent à établir une réelle baisse de niveau de vie pour la moyenne des français, et d’une manière plus générale une grande confusion s'est installée autour de choix budgétaires complexes et sans forcément de liens entre eux, le gouvernement mettant évoquant, par exemple, le début de la baisse de la taxe d’habitation pour expliquer qu’il n’y avait pas de «choc fiscal» à proprement parler.

Cette fois ci il faut voir clairement que le gouvernement tient ses promesses et donc une ligne est rajoutée au bulletin de paie à partir d’octobre, sous le NET A PAYER, une ligne rédigée comme suit:

«dont évolution de la rémunération liée à la suppression des cotisation chômage et maladie»

où l’on va retrouver les 22€ pour un SMIC, soit la totalité des baisses depuis le 1er janvier 2018. Le gouvernement profite aussi d’une des rares applications concrètes du choc de simplification de François Hollande qui a divisé par deux le nombre de ligne sur la feuille de paie (20 contre 40 en moyenne)

Retenue à la source

Mais voilà qu’arrive la retenue à la source. Et le gouvernement est visiblement inquiet de la réaction de ces mêmes salariés. Bercy agite depuis des mois l’idée que les contribuables soumis à l’impôt sur le revenu auraient tout à coup le sentiment d’être moins bien payés parce que l’impôt aura été déduit du NET A PAYER sur la dernière ligne. On a donc pris des dispositions exceptionnelles, par décret, rédigé comme suit :

«Pour la composition de la mention “Net à payer avant impôt sur le revenu” et de la valeur correspondant à cette mention, il est utilisé un corps de caractère dont le nombre de points est au moins égal à une fois et demi le nombre de points du corps de caractère utilisé pour la composition des intitulés des autres lignes »

 Il y a donc une nouvelle mention «NET A PAYER AVANT IMPÔT SUR LE REVENU» et elle sera bien plus visible que le réel «NET A PAYER». Ajoutons que les organisations patronales avaient peu ou prou la même angoisse, celle de voir des salariés désorientés leur demander des comptes le 31 janvier. Cette ligne supplémentaire permettra de lever toutes les ambiguïtés.

Mais pas forcément de gagner la bataille du pouvoir d’achat. Car le gouvernement laisse filer une autre ligne que tout le monde, salariés ou non, regarde régulièrement, celle de la pompe à essence. C’est un indicateur comme on en a peu: toujours le même réservoir, à peu près la même périodicité, pour un produit qui ne change pas, la comparaison est particulièrement efficace. Or le pétrole est nettement à la hausse, et les taxes sur le carburant le sont aussi (on devrait dépasser les 4 milliards€ d'augmentation en 2019). Le 1er octobre c’est aussi la 6ème augmentation consécutive des tarifs réglementés du gaz (+3,25%), autant de factures qui peuvent rendre compliquée l’équation politique du début de l’année prochaine

Stéphane SOUMIER