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Ultime relaxe pour Bernard Tapie

Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé vendredi Bernard Tapie qui était poursuivi pour banqueroute dans l'enquête sur la déroute financière de ses sociétés en 1993 et 1994. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé vendredi Bernard Tapie qui était poursuivi pour banqueroute dans l'enquête sur la déroute financière de ses sociétés en 1993 et 1994. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau - -

PARIS - Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé vendredi Bernard Tapie qui était poursuivi pour banqueroute dans l'enquête sur la déroute...

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Bernard Tapie, figure de la vie publique française des années 1990 en tant que ministre et président de l'Olympique de Marseille, a achevé vendredi par une victoire un parcours judiciaire de près de 20 ans.

Le tribunal correctionnel de Paris l'a relaxé dans un procès pour "banqueroute" dans l'enquête sur la déroute financière de ses sociétés en 1993 et 1994.

A 67 ans, l'ancien repreneur d'entreprises devenu acteur de théâtre peut désormais en théorie revenir dans les affaires, fort d'une centaine de millions d'euros conservés après le règlement victorieux l'an dernier d'un litige avec l'Etat liquidant l'héritage du Crédit lyonnais.

Bernard Tapie absent du tribunal, ses avocats Hervé Temime et Maurice Lantourne ont estimé que le jugement montrait qu'il avait été victime d'une injustice et d'une procédure politique.

"Cette décision est la fin d'un parcours, mais elle est une réhabilitation pour lui, elle n'est pas seulement une relaxe. Ça veut dire qu'il n'aurait pas dû être inéligible, il n'aurait pas dû faire l'objet de cette chasse à l'homme", a dit Me Temime.

Dans le dossier jugé vendredi, Bernard Tapie se voyait reprocher d'avoir provoqué frauduleusement la faillite de GBT (Groupe Bernard Tapie), la holding qui gérait ses participations de l'époque, et de FIBT (Financière et immobilière Bernard Tapie), qui regroupait ses actifs immobiliers et son yacht.

Le tribunal conclut qu'il n'en est rien, puisque Bernard Tapie n'aurait pas dû être en faillite, une instance arbitrale ayant dernièrement reconnu qu'il avait été floué dans la revente d'Adidas en 1993 par le Crédit Lyonnais. Ce dernier lui avait caché qu'il avait un acheteur à bien meilleur prix que prévu.

LA PRISON ET LES CONDAMNATIONS

C'est une instance arbitrale dont l'intervention a été acceptée par l'Etat, après une défaite de Bernard Tapie en Cour de cassation, qui lui a accordé en 2008 dans ce dossier une indemnité record de 400 millions d'euros, réduite des trois quarts par le paiement des dettes et des impôts.

La gauche et le MoDem avaient vivement protesté, soulignant que l'Etat avait sans raison renoncé à une victoire judiciaire et estimant que Bernard Tapie était en fait récompensé de son soutien à Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007.

Bernard Tapie réplique que justice lui a normalement été rendue. Le gouvernement a dit avoir fait appel à l'instance arbitrale pour abréger une procédure judiciaire coûteuse.

Président de l'Olympique de Marseille de 1987 à 1993 et ministre de la Ville de François Mitterrand en 1992-1993, il a purgé en 1997 une peine de huit mois de prison ferme pour corruption dans l'affaire du match truqué OM-Valenciennes de 1993, juste après une victoire en Ligue des champions.

C'est cette affaire davantage que la faillite jugée vendredi qui a précipité sa chute.

Il a par ailleurs été condamné plusieurs autres fois sans être incarcéré pour malversations financières et fraude fiscale dans l'affaire de la gestion de son yacht le Phocéa, dans celle des comptes de l'OM et pour la gestion de l'entreprise Testud.

Devenu acteur, il a interprété un commissaire de police à la télévision, y a animé diverses émissions puis a emporté de beaux succès publics dans des salles de théâtre de Paris, avec "Vol au-dessus d'un nid de coucou" et "Oscar" en 2008, où il a glissé de nombreuses allusions à ses démêlés avec le Crédit Lyonnais.

Il est déjà revenu dans l'actualité des affaires en achetant en juin 2009 1% des actions du Club Méditerranée, suscitant des rumeurs sur une éventuelle prise de contrôle, avant de revendre les titres en décembre avec une forte plus-value.

Un enquête de police pour "manipulation de cours" est ouverte dans ce dossier.

Edité par Yves Clarisse