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Revenu d'engagement, réforme des retraites... Pourquoi Emmanuel Macron hésite

Emmanuel Macron appréhende le coût politique de la mesure pour les jeunes et ce alors que le chômage poursuit sa baisse en France.

De 300 à 500 euros par mois pour des jeunes de moins de 26 ans sans emploi avec obligation de suivre un parcours d'insertion. C'est le revenu d'engagement jeunes (REJ) annoncé par Emmanuel Macron lors d'une allocution le 12 juillet dernier.

"Pour amplifier cette dynamique (de l'apprentissage), je présenterai à la rentrée le revenu d'engagement pour les jeunes, qui concernera les jeunes sans emploi ou formation, et sera fondé sur une logique de devoirs et de droits", promettait le chef de l'Etat.

Las, la rentrée passée et toujours pas de revenu d'engagement. Et lors de la présentation du Budget 2022, la mesure est là aussi aux abonnées absentes.

Si Elisabeth Borne assurait ce jeudi sur BFM Business que la mesure n'était pas enterrée et que son ministère y travaille toujours, c'est à l'Elysée que la question va se trancher dans les prochains jours. Lors d’une réunion de ministres à l’Elysee ce mardi, Emmanuel Macron a demandé à la ministre du Travail de retravailler le dossier et de lui faire de nouvelles propositions.

Si la mesure devrait être coûteuse pour les finances publiques (estimée à 2 milliards d'euros par an), le chef de l'Etat redoute surtout les conséquences politiques.

L'attaque de Xavier Bertrand qui accuse le chef de l'Etat de faire "campagne avec le chéquier de la France" a peut-être fait mouche.

"Sortir le chéquier, ce n’est pas son image, ça n’a jamais été son image", s’agace ainsi un proche.

Or le REJ est surtout vu comme un RSA pour les jeunes ce qui n'est pas la volonté de l'exécutif.

"Il ne faudrait pas qu’on donne le sentiment de donner un chèque en blanc aux jeunes", souligne ainsi un conseiller ministériel.

Le chômage baisse déjà

Le "revenu d'engagement" pourrait donc changer de nom et s'appeler "contrat d’engagement", pour insister sur la contrepartie attendue de la part les jeunes. Cette contrepartie consisterait en une obligation de formation ou de recherche active d'un emploi via Pôle emploi et les missions locales. Or cette mesure devrait concernait un million de jeunes et les organismes manquent de mains pour accueillir et suivre autant de monde.

D'autant que depuis juillet dernier, le contexte économique a évolué. Le chômage est désormais moins une préoccupation pour le gouvernement que les pénuries de main d'oeuvre.

Si la mesure n'est pas enterrée, elle pourrait toutefois être contrebalancée par un retour de la réforme des retraites. Emmanuel Macron envisage toujours de relancer cette mesure, serpent de mer du quinquennat.

"Retraites, contrat d’engagement, il faut avoir une vision globale. On pourrait annoncer une sorte de pacte générationnel", avance ainsi un conseiller de l'exécutif.

Selon les Echos, le président a demandé à ses ministres de travailler au chiffrage d'un éventuel recul de l'âge de départ à la retraite à 65 ans.

Recul de l'âge légal, suppression des régimes spéciaux ou pension minimum de 1000 euros, autant de pistes que le président hésite à engager avant la fin de son mandat.

"Le Président n'ajoutera pas de bordel au bordel mais il n'a pas un tempérament de roi fainéant", explique son entourage.

Agir au risque de braquer un pays déjà secoué par les crises ou ne rien faire pour répondre à une demande d’apaisement, au risque de se le voir reprocher à l’heure du bilan… C’est l’arbitrage que le président doit trancher dans les prochaines semaines.

Agathe Lambret avec Frédéric Bianchi