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Quotas d'immigration: pourquoi malgré 3 millions de chômeurs la France va faire appel à des étrangers

Le gouvernement veut fixer des quotas d'immigration économique pour pourvoir les nombreux emplois qui ne trouvent pas preneurs en France. Formations inadaptées, filières peu valorisées, métiers difficiles... Pourquoi les Français ne veulent pas de ces emplois?

Muriel Pénicaud l’a confirmé: la France va fixer l’année prochaine des quotas d’immigration économique afin de fournir de la main d’œuvre à des entreprises qui peinent à recruter. 

Et c'est là le paradoxe du marché de l'emplois français. Car si le chômage continue sa lente décrue, le pays compte tout de même toujours aux alentours de 3 millions de personnes sans emploi. Or dans le même temps, les offres d’emplois explosent (plus de 240.000 proposées au troisième trimestre) et de plus en plus d’entreprises n’arrivent pas à recruter.

Des besoins de couvreurs, géomètres, mécaniciens...

Il y aurait selon Pôle Emploi entre 150.000 et 300.000 offres d’emplois non pourvues dans l'Hexagone. Et la moitié des entreprises assurent avoir du mal à recruter. Le problème c'est que des entreprises qui ne recrutent pas ce sont des contrats qu’on ne peut honorer et au final du chiffre d’affaires en moins et de la perte d'activité pour le pays.

Et les secteurs concernés par ces pénuries d'emplois sont nombreux et variés. Des métiers manuels d’abord, la France aura besoin de 200.000 ouvriers spécialisés par an. Les garages peinent à recruter des carrossiers et des mécaniciens, le bâtiment est à court de couvreurs et de charpentiers. Mais il manque aussi en France des géomètres, des aides à domicile, des dessinateurs en électricité ou encore des vétérinaires.

... et d'informaticiens et programmeurs

La France manque aussi de compétences dans le numérique comme des informaticiens, des programmeurs, des spécialistes de bases de données… Le pays forme chaque année 60.000 ingénieurs or il en faudrait entre 80.000 et 90.000 pour pourvoir à la demande, selon l'économiste Christian Saint-Etienne. 

Mais pourquoi les entreprises n’arrivent pas à recruter sur ces métiers en tension? Il y a tout d'abord un problème de qualification et de formation. Les métiers manuels et de l’apprentissage ne sont pas valorisés dans les parcours scolaires et ceux qui les choisissent le font souvent par défaut. Or ce sont souvent des métiers contraignants, fatigants voire salissants pour certains. Travailler dans un garage, sur un chantier ce n’est pas facile et si on n’a pas la vocation, on préfère ne pas se rendre à un entretien d'embauche ou abandonner après la période d'essai.

Ensuite, il y a les métiers de service comme l’hôtellerie et la restauration. Là encore ce sont des métiers éprouvants avec des horaires difficiles et qui ne sont pas toujours bien rémunérés.

Des métiers qui n'attirent pas et des formations qui ne sont pas toujours adaptées. La France, à la différence de l'Allemagne, n’a pas assez mis l’accent sur l’apprentissage pour les métiers manuels. Or ces formations en alternance permettent aux personnes se frotter à la réalité du métier en mettant un pied dans l'entreprise.

Et surtout, certaines formations sont en décalage avec les réalités du marché du travail et orientent mal leurs étudiants. La France forme par exemple beaucoup de vétérinaires mais seuls 20% d'entre eux veulent travailler en milieu rural. La plupart préfèrent s’occuper des chiens et des chats en ville que des vaches dans les élevages.

Un décalage entre formations et besoins

Des décalages que l’on retrouve aussi dans les écoles d’ingénieurs. "En France on apprend à fabriquer de nouveaux équipements, alors qu’une grande partie du métier consiste à maintenir l’existant", explique Pierre Verzat, le président du Syntec Ingénierie à L'Usine Nouvelle.

En plus, il n’y a pas assez de candidats et particulièrement de candidates pour devenir ingénieur. Seulement 28% des effectifs des écoles d’ingénieur sont des femmes. En doublant leur nombre on pourrait résoudre déjà une partie de la pénurie d’ingénieurs en France.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco