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Réchauffement climatique: à quoi ressemblera l'agriculture française en 2050

Alors que la vague de chaleur s’abat sur la France, l’inquiétude monte dans le monde agricole qui redoute une sécheresse et des rendements amputés. Le réchauffement climatique met-il l’agriculture française en péril ?

Que pourra-t-on encore cultiver en 2050? C'est une préoccupation majeure du monde agricole. Météo-France prévoit en effet des hausses de température comprises entre 0,6 et 1,3 degré d’ici 2050. Avec une augmentation significative de jours de chaleurs et une diminution des jours froids.

Mais sans attendre 2050, l’agriculture française subit déjà le réchauffement: les rendements de blé stagnent depuis 25 ans en France car le réchauffement bloque la production d’amidon, le vignoble français pousse trop vite et les vins sont plus chargés en alcool (2 degrés de plus en 20 ans sur le vin rouge) et dans certaines régions les prairies à fourrage dépérissent. Le maïs est aussi très sensible aux fortes chaleurs. Selon une étude de l'Académie des sciences américaines, une seule journée à 40°C ampute les rendements annuels de maïs de 7%. Et ces phénomènes vont s’accentuer d’ici 30 ans.

L’agriculture française est-elle en danger? Cela dépend à quelle échéance. "Il n'y a pas d'inquiétude majeure à horizon 2050, assure Frédéric Levrault, expert climat pour les chambres d'agriculture. Il faudra s'adapter mais nous pourrons toujours faire vivre les agriculteurs et nourrir les Français."

Les agriculteurs devront encore avancer les récoltes de maïs et de blé. Les viticulteurs vont devoir -du moins ceux qui le peuvent- irriguer les vignes dans le sud de la France. Les volailles élevées en plein air devront être protégées en construisant des bâtiments ou en élevant des haies. "Surtout il faudra recourir à des variétés de blé dont le cycle est plus court afin de récolter plus tôt et d'éviter les fortes chaleurs", précise Frédéric Levrault. La France agricole de 2050 ne devrait donc pas être très différente de celle de 2019.

Du champagne en Angleterre à cause du réchauffement?

Rien n'est moins sûr en ce qui concerne la seconde partie du siècle. Là, les experts estiment que cela pourrait devenir très compliqué. Au rythme actuel, il pourrait faire 4°C de plus en moyenne en France en 2100. Dans ce contexte, impossible de produire du vin correct (ou du vin tout court) dans le sud du pays, de faire pousser du blé sous la Loire et d’avoir des prairies fourragères pour les élevages au niveau de la mer. Selon les estimations des experts des chambres d’agriculture, la production agricole pourrait chuter de 25% d’ici la fin du siècle. Dans le sud de la France, seules quelques plantes pourraient être cultivés comme l’arganier ou le figuier.

Et on peut alors imaginer des migrations agricoles comme du maïs cultivé dans le nord-est de la France, du vignoble en Bretagne ou en Ile-de-France. "Mais c'est très difficile de délocaliser des productions, explique Frédéric Levrault. On ne décrète pas comme ça la disparition du maïs dans le sud-ouest. Idem pour le vin: on pourrait déjà faire des vins à Versailles ou à Rennes mais il y a des appellations en France, on ne peut pas reconstituer une région ailleurs."

Des scénarios qui ne relèvent pourtant plus tout à fait de la science-fiction. Des maisons de Champagne comme Taittinger Vranken-Pommery ont planté des vignobles en Angleterre pour produire un vin mousseux. Pour coller à la demande locale mais aussi parce que le réchauffement climatique pourrait rendre le terroir anglais très favorable à la vigne. Le champagne sera-t-il en 2100 une spécialité anglaise?

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco