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Protectionnisme américain: l'Europe prépare sa riposte "depuis des mois"

L'Union européenne préparait sa riposte depuis des mois.

L'Union européenne préparait sa riposte depuis des mois. - Emmanuel Dunand - AFP

L'Union européenne affirme s'être préparée depuis longtemps aux annonces protectionnistes de Donald Trump, en l'occurrence des barrières douanières à l'importation d'acier et d'aluminium. Voici son plan.

Les droits de douane que les États-Unis menacent de faire peser sur leurs importations d'acier (25%) et d'aluminium (10%) font courir un risque à l'industrie européenne. Mais l'UE affirme qu'elle avait anticipé la menace protectionniste américaine.

Les Européens, qui affirment avoir préparé leur plan de riposte depuis des mois, envisagent dans l'immédiat des mesures de rétorsion rapides sur des entreprises américaines dans les matières premières, l'industrie et l'agriculture -dont certaines situées dans les États les plus favorables à Donald Trump.

Des restrictions qui compenseraient les pertes de l'UE

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a mentionné vendredi les motos Harley-Davidson, les jeans Levi's et les producteurs de bourbon. Ces mesures, conformes aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), compenseraient en valeur les pertes potentielles pour l'industrie européenne.

L'UE, qui considère l'initiative américaine comme "une intervention flagrante pour protéger" son industrie, va également contacter les autres pays concernés - y compris la Chine - pour déposer si besoin "une plainte commune devant l'OMC", a révélé vendredi le vice-président de la Commission européenne Jyrki Katainen. La procédure prendrait des années.

En attendant, l'Union pourrait également décider, dans le cadre très strict de l'OMC, de mesures dites de "sauvegarde" pour protéger son industrie, ce qui consisterait à restreindre temporairement les importations d'acier et d'aluminium pour protéger les deux branches concernées.

Un élan à la politique commerciale européenne

L'arrivée de Donald Trump au pouvoir a donné un élan à la politique commerciale de l'UE, dont les États membres sont parvenus en 2017 à réformer leurs instruments de défense commerciale et à s'entendre sur une nouvelle approche des droits antidumping.

La Commission européenne a également accéléré les négociations d'accords bilatéraux. Outre l'entrée en vigueur provisoire du CETA - le traité avec le Canada négocié avant l'arrivée de Donald Trump -, l'UE a annoncé l'an passé la conclusion d'un important accord avec le Japon.

Bruxelles espère aussi que les accords avec Singapour et le Vietnam entreront rapidement en application, et a annoncé l'ouverture prochaine de discussions avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Elle négocie également deux accords distincts avec le Mexique et les pays du Mercosur. Le second, qui pourrait être le plus important jamais conclu à ce jour par l'UE, semble pour l'instant patiner.

Les échanges commerciaux entre l'UE et les États-Unis

Washington est le premier partenaire commercial de l'UE tous produits confondus. En 2017, les Européens ont écoulé, selon Eurostat, pour 375 milliards d'euros de produits aux États-Unis, leur premier marché d'exportation.

Les Américains sont le deuxième pays importateur de produits européens, derrière la Chine, pour un montant total de 254 milliards d'euros. La balance commerciale, à 121 milliards d'euros, est donc très favorable aux Européens.

Les taxes américaines limiteront l'accès des sidérurgistes de l'UE à leur troisième marché d'exportation, où ils vendent chaque année pour environ 5 milliards d'euros d'acier (1 milliard d'euros pour l'aluminium).

N.G. avec AFP