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Primaire de gauche: les candidats se divisent sur le revenu universel

Les candidats à la primaire de gauche s'opposent sur le principe du revenu universel

Les candidats à la primaire de gauche s'opposent sur le principe du revenu universel - Gerard Julien - AFP

Alors que Benoît Hamon en a fait un des piliers de son programme, Manuel Valls l'a clairement amendé pour le transformer en "revenu décent". Vincent Peillon et Arnaud Montebourg, eux, s'y opposent vivement.

C'est l'une des principales lignes de démarcation entre les candidats à la primaire de la gauche qui se tiendra les 22 et 29 janvier prochains: l'instauration d'un revenu universel.

Ce revenu, également appelé "revenu de base" doit permettre à tout habitant de vivre ou, au minimum, de survivre. Il s'agit ainsi de verser une certaine somme d'argent sans aucune condition aux citoyens de l'ensemble d'un pays ou d'une région. À titre d'exemple, la Finlande vient de lancer une expérimentation où elle entend verser 560 euros par mois pendant deux ans à 2.000 chômeurs, âgés de 25 à 58 ans, pour remplacer leur allocation chômage.

Le "revenu décent" de Valls

L'un des premiers à avoir amené cette mesure dans le débat public en France n'est autre que Manuel Valls, en septembre dernier. Mais, dans son programme, révélé mardi 3 janvier, l'ex-Premier ministre a quelque peu pris ses distances avec l'idée originelle d'un revenu universel. Ainsi, il entend désormais instaurer un "revenu décent" qui fusionnerait l'ensemble des 10 minimas sociaux existants et atteindrait 800 euros par mois pour les adultes de plus de 18 ans. Il serait ainsi limité aux personnes ayant de faibles ressources.

"Après réflexion (...), je crois que l'idée d'un minimum décent est plus claire que la simplicité d'un revenu universel", confiait-il sur BFMTV le 9 décembre dernier. En réalité, Manuel Valls avait esquissé dès septembre dernier cette idée dans une tribune publiée sur Facebook où il plaidait pour la fusion des 10 minimas sociaux.

Hamon, le plus fidèle au concept

Benoît Hamon, lui, est plus proche de l'idée même de revenu universel. Il propose ainsi un revenu "universel d'existence" en trois étapes.

"Dès 2017, le RSA sera augmenté de 10% à hauteur de 600€. Il sera versé automatiquement à tous les ayant-droits ainsi qu’à tous les jeunes de 18 à 25 ans quel que soit leur niveau de ressources. Ce revenu sera ensuite étendu à l’ensemble de la population. À terme, il atteindra la somme de 750 euros", explique-t-il dans son programme.

"Il y a des gens pour critiquer cette mesure. Moi je pense que le revenu universel aura lieu, la question est de savoir lequel. Et je me souviens que lorsque Michel Rocard a fait le RMI on entendait les mêmes arguments: c'est irréalisable. Au moment où on a fait la Sécurité social, pareil c'était 'irréalisable'", s'est-il par ailleurs défendu ce mardi sur BFMTV.

Ce revenu universel de 750 euros pourrait se cumuler avec certaines allocations mais pas toutes. "Par exemple, il remplacerait les allocations familiales, mais pourrait être cumulé avec de l’indemnité chômage", expliquait-il à la Voix du Nord en novembre dernier. 

Benoît Hamon a par ailleurs indiqué, également sur BFMTV ce mardi, qu'il faudrait, pour financer la première partie de son plan en trois étapes, trouver "45 milliards d'euros pour les 18-25 ans". Des fonds qu'il compte trouver avec un "fiscalité du patrimoine plus juste", soit une taxe fusionnant l'ISF avec une "taxe sur les actifs nets des entreprises et des ménages et des entreprises et du patrimoine financier".

Peillon, "philosophiquement opposé"

Si cette idée de revenu universel a ainsi inspiré des mesures sociales phares de Manuel Valls et Benoît Hamon, deux autres candidats de la primaire socialiste l'ont clairement rejetée.

Vincent Peillon avait ainsi déclaré lundi sur BFMTV être "philosophiquement opposé" à cette mesure. "Je crois à la dignité par le travail et dans le travail. Je veux une solidarité qui inclut, pas qui exclut: 'je te donne de l'argent et tu restes chez toi'", affirmait-il. L'ex-ministre de l'Éducation qualifiait alors le revenu universel de "vieille idée libérale". À la place, Vincent Peillon prône la mise en place d'un "bouclier fiscal" pour les plus modestes, plafonnant le montant de la taxe d'habitation sur la résidence principale à 20% du revenu mensuel du foyer.

Montebourg critique le coût

Autre détracteur du revenu universel, Arnaud Montebourg qui a déclaré mardi sur RTL que l'idée était tout simplement "irréalisable".

"Je suis un petit peu comme Victor Hugo lorsqu'il exaltait le travail fier", a déclaré l'ex-ministre de l'Économie sur RTL. "Je crois à la société du travail parce que c'est l'outil de la dignité du citoyen", a-t-il ajouté. L'instauration d'un revenu universel, "c'est une solution pour après-demain parce qu'elle est infaisable. Si vous décidez de verser un revenu universel de 700 et quelques euros, ça coûte l'équivalent de la totalité du budget de l'État", a-t-il poursuivi.

En décembre, l'OFCE, un organisme de recherche économique plutôt marqué à gauche avait calculé qu'un revenu universel de 785 euros par mois pour les adultes, de 315 euros pour les enfants et 1.100 euros pour les plus de 65 ans coûterait 480 milliards d'euros. Il jugeait alors "irréaliste en pratique" la mise en œuvre de la mesure.

Julien Marion