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Présidence de la BCE : un enjeu majeur pour l'avenir de l'Europe

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- - Daniel ROLAND / AFP

Le successeur de Mario Draghi pourrait soit plonger l’économie européenne dans la récession soit au contraire lui assurer une croissance régulière et soutenue.

Parmi les postes à renouveler bientôt en Europe, il y a celui de président de la Banque centrale européenne. Assez paradoxalement, alors que le principe de l’indépendance de l’institution repose sur l’idée que la politique monétaire doit échapper à toute considération politique ou émotionnelle et donc être confiée à des techniciens neutres et sans originalité particulière, les commentaires sur cette nomination en font un enjeu essentiel de notre avenir.

A les en croire, le successeur de Mario Draghi, irréfléchi ou inspiré, pourrait soit plonger l’économie européenne dans la récession soit au contraire lui assurer une croissance régulière et soutenue. En fait, toutes les analyses et spéculations …intellectuelles en matière monétaire se fondent sur une surestimation des pouvoirs de la banque centrale et des conséquences de la politique monétaire.

Quand A. Greenspan, le célèbre président de la Réserve fédérale des Etats-Unis de la fin du siècle dernier, déclarait : « Si vous avez compris ce que j’ai dit, c’est que je me suis mal exprimé », ce n’était pas une boutade mais le constat désespéré et désespérant du fait que la banque centrale n’ayant pas les pouvoirs qu’on lui attribue est obligée de se rendre mystérieuse pour rester légitime.

Dans les années 50, Jan Tinbergen, qui fut le premier prix Nobel d’économie de l’histoire, énonçait ce que tous les étudiants en sciences économiques connaissent sous le nom de « principe de Tinbergen », principe selon lequel chaque outil de la politique économique est associé à un problème particulier à résoudre. La banque centrale et la politique monétaire obéissent à ce principe et peuvent résoudre le problème de l’inflation.

Dans les années 70, Paul Samuelson, qui fut aussi prix Nobel d’économie, complétait cette assertion en précisant qu’en cas de disparition durable de l’inflation, la mission de la banque centrale était de solvabiliser les emprunteurs, notamment publics, en maintenant des taux bas pourvu que l’endettement ainsi favorisé soutienne la croissance.

Ces considérations demeurent : maintenant que l’inflation a disparu, la banque centrale européenne ne peut ni ne doit chercher à la rétablir. Qui que ce soit qui la dirige elle est là pour éviter la banqueroute d’un Etat, car une telle banqueroute menacerait la pérennité de la zone euro, en conditionnant cette action à une gestion budgétaire favorable à la croissance, c’est-à-dire à l’allègement des contraintes et des charges des entreprises. Ni plus, ni moins !