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Pourquoi les cadres peuvent partir à la retraite plus tard que les ouvriers

Les hommes cadres vivent 6,3 ans de plus que les ouvriers

Les hommes cadres vivent 6,3 ans de plus que les ouvriers - Joel Saget - AFP

Pour espérer vivre longtemps, mieux vaut être cadre qu'ouvrier. C'est l'un des enseignements du dernier rapport sur l’état de santé de la population française. La catégorie socio-professionnelle et le niveau d'études ont un impact direct sur notre espérance de vie.

A 65 ans, l’espérance de vie des Français reste bonne. Elle est même l’une des plus élevées d’Europe. Mais, en matière de santé, tous les salariés ne sont pas égaux. Ils existent de grandes disparités, entre les femmes et les hommes et en fonction de leurs diplômes et de leurs catégories professionnelles. Tour d’horizon de ce qu'il faut retenir de l’étude réalisée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) qui a passé en revue 200 indicateurs sur la population française.

Les cadres vivent 6 ans de plus que les ouvriers

A 35 ans, un homme cadre peut espérer vivre encore 47,2 ans, contre 40,9 ans pour un ouvrier. Cette différence de 6,3 ans se vérifie depuis la fin des années 80. Tous les indicateurs de santé prouvent que les professions intellectuelles supérieures sont moins exposées aux pépins de santé, ils ont moins d'accidents ou de maladies liés à leur travail.

Moins de différences entre les femmes

3 ans séparent l’espérance de vie des femmes cadres de celles qui travaillent à l'usine. A 35 ans, elles peuvent espérer vivre encore 51,7 ans. D'une manière générale, quelle que soit leur catégorie sociale et professionnelle, les femmes vivent plus longtemps que les hommes. A la naissance elles peuvent espérer vivre 85,4 ans, selon les chiffres de 2014. Du coup, même les ouvrières vivent plus longtemps : un an et demi de plus que les cadres de sexe masculin. Même si elles effectuent des travaux plus pénibles, elles font davantage attention à leur santé tout au long de leur vie. Ils boivent moins d'alcool, sont moins accros au tabac.

La double peine des ouvriers

En plus d’une vie plus courte, les ouvriers sont plus souvent victimes d"incapacités dans leur travail. Les personnes ayant une profession manuelle sont celles qui vivent le plus longtemps avec des limitations fonctionnelles physiques et sensorielles. Sur le plan professionnel, ils sont davantage exposés à un travail pénible, la nuit ou en contact avec des produits toxiques. L'étude de la Dress montre que les ouvriers sont moins attentifs à leur alimentation et ont un accès plus limité aux soins et au suivi médical. Résultat : les cadres vivent 10 années de plus que les ouvriers sans limitations fonctionnelles, 8 années de plus sans gêne dans leurs activités et 7 ans de plus sans aucun problème de dépendance.

L'exception des agriculteurs

Situation paradoxale que celle des agriculteurs: ils ont une espérance de vie plus longue que la moyenne et se rapprochent des professions indépendantes et des chefs d'entreprises. Pourtant, du fait de conditions de travail difficiles (horaires décalés, activité physique exigeante), ils vivent souvent de nombreuses années avec des limitations fonctionnelles. 

Les inégalités avant la naissance

Le fossé entre les catégories sociales débutent bien avant la naissance. C'est dans les foyers à faible revenus que le taux de prématurés et de petits poids de naissance sont les plus fréquents. Les enfants d’ouvriers souffrent davantage de mauvais états de santé bucco-dentaire et d'obésité. La proportion d'enfants et d'adolescents obèses touche 4,5 % des ouvriers contre 1,2 % pour les cadres en grande section de maternelle. L'écart se creuse encore davantage en grandissant: en classe de 3ème, les problèmes de poids concernent 5,5 % des enfants issus des milieux plus défavorisés, contre 1,6 % pour les plus aisés. Et à l’âge adulte, cette tendance se vérifie: les professions intermédiaires sont moins sujets aux problèmes de poids que les autres.

Ch.L.