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Pourquoi Draghi voit 2017 en rose

Mario Draghi va en quelque sorte assurer le SAV des annonces de janvier

Mario Draghi va en quelque sorte assurer le SAV des annonces de janvier - Emmanuel Dunand - AFP

Le président de la Banque centrale européenne a livré les prévisions de son institution ce jeudi 5 mars. Résultat: en 2017 la zone euro aura à la fois une croissance solide et une inflation saine.

On ne peut pas faire mouche à chaque fois. Ce jeudi 5 mars, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), n'a pas livré d'annonces aussi tonitruantes qu'en janvier dernier. Mais, à défaut de dévoiler un nouvel atout sorti de sa manche, le président de la BCE a su utiliser un instrument qu'il manie avec aisance: la communication.

Mario Draghi a, d'emblée, indiqué que le fameux "QE" ("Quantitative easing" ou assouplissement quantitatif) ce programme de rachat d'actifs de plus de 1.100 milliards d'euros destiné à relancer une inflation et une croissance chancelantes en zone euro, sera lancé le 9 mars prochain. De quoi conforter les analystes qui espéraient que ces mesures seraient rapidement mises en œuvre.

Evidemment, le président de la BCE a pris soin de confirmer les propos déjà tenus en janvier dernier. Ainsi, ce programme d'aide massif à l'économie durera jusqu'à ce que "l'inflation atteigne notre objectif, soit un niveau proche de mais inférieur à 2%". Autrement dit, la Banque centrale injectera autant de liquidités dans l'économie qu'il sera nécessaire…

2017, l'année du tournant

Mais au-delà de ces aspects purement technique, Mario Draghi s'est voulu rassurant tant dans les paroles que dans les chiffres. Ainsi, les annonces de janvier "ont déjà produit des effets positifs", a-t-il fait valoir. Il a cité les "conditions d'emprunts aux ménages et aux entreprises qui se sont améliorées et la dynamique du crédit qui a été consolidée".

Et Mario Draghi de souligner à plusieurs reprises que les mesures exceptionnelles de la BCE vont permettre à la reprise d'accélérer. Et pour bien montrer combien la banque centrale croit dans ses projection, "Super Mario" a livré les nouvelles prévisions économiques de la BCE.

Résultat: l'institution européenne a nettement revu à la hausse ses projections de croissance pour la zone euro pour 2015 et 2016, à respectivement 1,5% et 1,9% (contre 1% et 1,5%). Il a également livré un chiffre solide pour 2017: +2,1%. Mario Draghi a pris soin de souligner que ces prévisions tiennent compte "de la baisse des prix du pétrole, du taux de change et des mesures de politique monétaire de la BCE".

Mais plus encore que l'inflation, ce sont les chiffres de l'inflation qui ont retenu l'attention des observateurs. Si l'institution a revu à la baisse ses prévisions pour 2015 (0%) et 2016 (1,5%), Mario Draghi a annoncé un chiffre de 1,8% pour 2017. Ce qui veut tout simplement dire que la BCE réussira à tenir son pari dans deux ans. Cette dernière prévision impressionne l'économiste Frederik Ducrozet sur Twitter: "Un tel chiffre doit inclure tous les effets du QE", considère-t-il.

De son côté, Gilles Moëc, chef économiste Europe chez Bank of America - Merill Lynch, a souligné sur BFM Business un chiffre "qui est en cohérence avec la politique de la BCE". Selon lui, "il s'agit du meilleur chiffre possible pour une prévision". Les marchés ont, semble-t-il, également apprécié le discours du président de la BCE. Le CAC40 progressait de +1% après le discours de l'Italien.

Pour finir, Mario Draghi a une nouvelle fois appelé les Etats à faire leur part du travail. "Une embellie cyclique ne doit pas être source de complaisance", a-t-il ainsi pointé, "en particulier si l'on veut stimuler l'investissement". Il a ainsi appelé à accélérer "les réformes structurelles dans plusieurs pays".

Petit message adressé indirectement à la France: "les politiques budgétaires doivent soutenir le redressement économique tout en respectant le pacte de stabilité", a-t-il affirmé. Car respecter le pacte de stabilité " est la clef de confiance dans notre politique budgétaire", a-t-il assuré.

Julien Marion