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Pourquoi Draghi a déçu les marchés

Mario Draghi est une fois de plus attendu au tournant

Mario Draghi est une fois de plus attendu au tournant - Daniel Roland - AFP

Le président de la Banque centrale a annoncé ce jeudi plusieurs mesures pour relancer croissance et inflation. Mais, pour une fois, il a déçu les investisseurs qui sont restés sur leur faim.

Mario Draghi n'a pas fini pas l'année comme il l'avait commencée. En janvier dernier, les marchés avaient applaudi le président de la Banque centrale européenne, lorsqu'il avait annoncé un vaste programme de rachats d'actif dont le montant avait déjoué les attentes. Ce jeudi 2 décembre, ils ont au contraire jugé que les nouvelles mesures dévoilées par l'Italien manquaient d'ambition.

Tout a commencé à 13h45 avec un communiqué la BCE annonçant que le taux de dépôt, déjà négatif allait passer de -0,20 à -0,30%. Le message aux banques est clair. Qui préférera loger ses liquidités au sein de la banque centrale plutôt que les injecter dans l''économie perdra encore plus d'argent qu'auparavant. 

45 minutes plus tard, lors de sa conférence de presse, Mario Draghi annonce que la BCE va prolonger son programme de rachats massifs de titres sur le marché, son fameux QE "quantitative easing".

Les marchés restent sur leur faim

Ce programme qui prévoit de racheter des actifs à raison de 60 milliards d'euros par mois, devait initialement s'achever en septembre 2016. Il sera désormais prolongé jusqu'en mars 2017 "ou plus tard si nécessaire", indique Mario Draghi. Concrètement cela signifie que la somme totale injectée dans l'économie de la zone euro passe de 1.100 à 1.500 milliards d'euros. Mieux, le programme est élargi: la BCE s'engageant à également acheter de la dette des collectivités locales.

"Nous en faisons plus parce que ça marche, pas parce que c'est un échec", assure alors Mario Draghi aux journalistes et plus largement aux investisseurs. Sauf que les marchés restent sur leur faim. Dès 14h35, les principaux indices européens commencent à chuter, le CAC40 en tête. Vers 14h47, le marché parisien lâche même plus de 3%, avant de se ressaisir (-1,5% vers 15h20) puis de rechuter lourdement pour clôturer en baisse de 3,58%. L'euro lui flambe face au dollar, passant de 1,066 pour un dollar à 1,08 dollar entre 14h30 et 15h30.

Pourquoi? Parce que les investisseurs s'attendaient à encore plus de la part de la BCE. La grande majorité d'entre eux pensaient que l'institution allait revoir à la hausse le montant de ses rachats mensuels de titres pour les faire passer, par exemple, de 60 à 80 milliards d'euros.

Une déception évidente

Mais pourquoi donc les marchés attendaient-ils plus de Super Mario? Pour Jonathan Loynes, économiste chez Capital Economics, "la BCE a déçu et n'a pas réussi à répondre aux attentes qu'elle a elle-même créées". Bon nombre de membres de l'institution avaient, en effet, pris la parole quelques jours avant cette réunion, faisant naître d'importants espoirs du côté des marchés. 

En outre Jonathan Loynes estime que le programme de rachats d'actifs reste encore insuffisant. En le menant jusqu'à mars 2017, la BCE injectera donc environ 1.500 milliards d'euros dans l'économie soit 15% du PIB de la zone euro. Or, la Banque d'Angleterre et la Réserve fédérale américaine (Fed) étaient, elles, sur des programme qui représentaient environ 25% des PIB de leurs pays respectifs, fait valoir l'économiste.

Sur Twitter, William de Vijlder, le chef économiste de BNP Paribas, juge lui aussi que la BCE a généré des attentes trop fortes de la part des marchés, ce qui explique la déception observée ce jeudi. 

Une déception qui n'aura pas vraiment surpris Mario Draghi. "Il faut un certain temps pour que tout le monde comprenne et apprécie l'envergure de ces mesures" a-t-il rétorqué à un journaliste qui l'interrogeait sur la déception des marchés. Et le président de la BCE de préciser qu'il se laisse la possibilité d'augmenter le volume des achats de titre à une date ultérieure.

La BCE table sur une inflation plus faible

La Banque centrale européenne a également publié une révision de ses prévisions économiques pour 2015, 2016 et 2017.

Globalement, sur la croissance, elle est un peu plus optimiste: 1,5% pour 2015 (contre 1,4% auparavant), 1,7% en 2016 (inchangé) et 1,9% en 2017 (contre 1,8%). 

Mais elle s'inquiète davantage pour l'inflation, tablant sur 0,1% en 2015, 1% en 2016 et 1,6% en 2017. La précédente trajectoire était de 0,1% pour 2015; 1,1% pour 2016 1,7% pour 2017

J.M.