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Pour Aurore Lalucq, "l'Etat doit jouer à plein la commande publique" pour relancer l'économie

Invitée de BFM Business, l'économiste et députée européenne Aurore Lalucq estime que c'est le seul moyen pour rassurer les entreprises, les permettre d'anticiper et donc d'assurer la relance.

Ce n'est pas une politique de grands travaux tel que le New Deal de Franklin Delano Roosevelt aux Etats-Unis que souhaite l'économiste Aurore Lalucq pour relancer l'économie française. Mais on s'en rapproche. Invitée de BFM Business, l'économiste et députée européenne (sous l'étiquette Place publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann, situé à gauche) plaide pour une action forte de l'Etat auprès des entreprises en tant que donneur d'ordres. En clair, faire en sorte de relancer la commande publique pour soutenir l'activité.

Refaire de la macro-économie "pour de vrai"

"On a besoin en économie de faits, il ne suffit pas de dire 'allez-y'", souligne l'économiste en référence à l'allocution d'Emmanuel Macron ce dimanche sur l'accélération du déconfinement. "Il faut que les carnets de commande soient pleins, c'est ça qui guide l'économie aujourd'hui. Pour que les carnets de commande soient pleins dans une crise majeure, on est dans une crise qui est bien pire que celle de 1929, bien pire que celle de 2009 (...), on ne va pas pouvoir compter sur le commerce international pour pouvoir se relancer".

"Ca veut dire que l'Etat doit jouer à plein la commande publique, c'est l'acteur en dernier ressort qui est là quand il y a un souci pour pouvoir relancer l'économie et si possible vers la transition écologique", poursuit-elle.

Briser les tabous

Avec des pays tous touchés quasiment au même moment, tous à l'arrêt pour cause de confinement, il s'agit donc pour les Etats de s'appuyer sur eux-mêmes et pas sur une relance qui viendrait des locomotives mondiales que sont la Chine ou les Etats-Unis. "On est vraiment dans un moment assez inédit, tout le monde est impacté et personne ne va pouvoir tirer vers le haut un pays ou l'autre. Donc il va falloir trouver des mesures totalement nouvelles. Je pense qu'il va falloir faire montre de pragmatisme. (...) Il va falloir casser tous ces tabous (économiques, NDLR). On est en train de le faire. (...) La BCE est en train de le faire en nous disant il nous faudra de l'inflation par exemple, ça c'est nouveau. On n'entendait jamais ça au niveau européen", détaille-t-elle. 

"Il va falloir refaire de la macro-économie, pour de vrai. Ces dernières années on a fait de la politique très politicienne en brouillant les pistes à travers beaucoup de technicité. (...) Aujourd'hui on a besoin de refaire de la macro-économie et d'être vraiment très pragmatique dans les solutions à apporter et les seuls qui seront capables de gérer cette crise, ce sont les institutions publiques, au niveau national et au niveau supranational. On pense évidemment à l'Europe", conclut Aurore Lalucq.

Olivier Chicheportiche