BFM Business

Peut-on espérer un rebond économique du même ordre qu'après Mai 68?

Jacques Sauvageot, l'un des trois leaders, avec Alain Geismar (1er plan, en bas, avec la veste de cuir) et Daniel Cohn-Bendit (non photographié) de "Mai 1968", et président de l'Unef, micro à la main, harangue des étudiants réunis le 08 juin 1968 devant la Gare Saint-Lazare à Paris.

Jacques Sauvageot, l'un des trois leaders, avec Alain Geismar (1er plan, en bas, avec la veste de cuir) et Daniel Cohn-Bendit (non photographié) de "Mai 1968", et président de l'Unef, micro à la main, harangue des étudiants réunis le 08 juin 1968 devant la Gare Saint-Lazare à Paris. - ARCHIVES / AFP

Seule la violente chute d'activité, provoquée par la grève générale de mai 1968, peut-être comparée à celle que le pays traverse actuellement. Si la reprise avait été immédiate, il y a 52 ans, un rebond rapide semble très difficile cette année.

En 1968, un virus H2N2 de la grippe A frappait le monde entier. Venue de Chine, comme le coronavirus, cette souche aurait tué près d'un million de personnes dans le monde, dont environ 31.000 en France. Pourtant, ce n'est pas cet évènement qui a provoqué la chute brutale du PIB de 5,3% au deuxième trimestre de l'année 1968. C'est bien évidemment la crise sociale qui a embrasé le pays, depuis les facultés jusqu'aux usines.

Avant les accords de Grenelle du 27 mai 1968, près de dix millions de personnes ont arrêté le travail pendant deux semaines, rappelle Emmanuel Jessua, directeur des études de l’institut Rexecode, dans Les Echos. Pourtant, il n'aura pas fallu longtemps pour que l'économie française se redresse. Non seulement le rebond à +8% du PIB au troisième trimestre avait effacé les pertes du premier, mais il avait permis à la France d'allonger un peu plus ces Trente Glorieuses, marquées par une croissance fulgurante pendant trois décennies. "En effet, la croissance a été in fine de 4,5% en 1968 puis de 7,1 % en 1969, nettement au-dessus de son niveau tendanciel de 5%" de l'époque, souligne Emmanuel Jessua.

Un contexte très différent

De quoi donner des espoirs au pays qui sort d'une période de confinement redoutable pour les entreprises? Rien n'est moins sûr. Empêtrée dans une faible (mais solide) croissance avant la crise, la France ne possède pas autant de leviers pour se relever d'une telle chute, avec un confinement de huit semaines qui a duré bien plus longtemps que les grèves de 1968. Aussi, comme le rappelle le directeur des études de l’institut Rexecode, le pays ne peut pas non plus dévaluer sa monnaie comme ce fut le cas en 1969 pour donner de l'air aux entreprises tandis que l'inflation est quasiment nulle dans la zone euro.

Par ailleurs, les conditions de la reprise ne sont pas semblables. Car les mesures sanitaires dans les entreprises et les craintes des consommateurs vont mécaniquement peser sur la productivité et la demande cette année. Ce qui n'était pas le cas en 1968.

Dernier argument qui n'incite pas à l'optimisme : cette crise est mondiale et va donc peser pendant de longs mois sur les échanges commerciaux. Si l'activité française est en voie de se normaliser, il sera difficile de rattraper les pertes et ce sont même des défaillances en série qui attendent la France avant une éventuelle reprise en 2021. Selon les estimations de la Banque de France, le PIB français devrait plonger de 10% avant un rebond de 7% en 2021 puis une hausse plus modeste de 4% en 2022, avant un retour à la normale.

Thomas Leroy