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Pendant le confinement, les Français ont retrouvé le goût de téléphoner

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Alors que le trafic voix de la téléphonie baisse régulièrement depuis des années, le régulateur a observé un rebond exceptionnel au premier trimestre dû au confinement à partir du 15 mars.

C'est une tendance lourde: depuis l'avènement des réseaux sociaux et des messageries instantanées, les Français utilisent de moins en moins leurs téléphones pour se parler. Ce recul de la voix face à la data est particulièrement fort chez les jeunes mais pas seulement. Au bureau, on privilégie également plus les échanges électroniques que les échanges vocaux.

Mais l'année 2020 signera une exception à cette règle. A cause ou grâce au confinement, la voix signe son retour en grâce. Le besoin de se parler a été plus fort que WhatsApp et Messenger.

Ainsi, selon les chiffres de l'Arcep, le régulateur des télécoms, la consommation vocale depuis les réseaux fixes et mobiles atteint au premier trimestre un niveau record, jamais égalé en 20 ans: 65,4 milliards de minutes, soit une augmentation de 13,3% sur un an. Pour rappel, au premier trimestre 2019, elle était en baisse de 3,0% (toujours sur un an). Pour les six premiers mois de 2020, dont les données ne sont pas encore disponibles, le bond devrait même être encore plus important puisque ces chiffres ne prennent en compte que 15 jours de confinement. 

12 minutes par jour au téléphone

65,4 milliards de minutes, cela représente en moyenne 975 minutes par habitant en France sur le trimestre, soit 10,7 minutes par jour et par habitant. En ne comptant que les habitants nés en 2010 ou avant, on arrive à une moyenne de 1087 minutes sur le trimestre et de 12 minutes par jour. 

Evolution du trafic de téléphonie
Evolution du trafic de téléphonie © Arcep

Le trafic voix depuis un mobile représente désormais près de huit minutes consommées sur dix. "Au premier trimestre 2020, ce trafic a progressé de 18% en un an contre des croissances allant de +2% à +5% en moyenne au cours des cinq années précédentes", détaille l'Arcep.

Le bon vieux téléphone fixe retrouve des couleurs

"Parmi les possesseurs de téléphone mobile, ceux ayant souscrit un forfait ont consommé beaucoup plus qu’avant la crise sanitaire: 4h13 par mois en moyenne, soit 33 minutes de plus qu’au premier trimestre 2019. Ces vingt dernières années, leur consommation mensuelle moyenne n’avait jamais été aussi élevée (au plus 3h46 en 2006)", souligne l'Arcep.

Cette progression est liée à une envolée de l’usage vocal vers les réseaux nationaux. Celle-ci est de +20% sur un an vers les mobiles et de +10% sur un an vers les réseaux fixes. 

"L’évolution de la consommation vocale au départ des réseaux fixes est tout autant exceptionnelle. Alors que l’usage de ce service diminue depuis sept ans et au rythme élevé de -15% en un an environ en 2019, le volume de communications vocales diminue très faiblement au premier trimestre 2020 (-0,7% en un an)", note l'Arcep.

Les SMS n'en profitent pas

Par contre, et c'est un paradoxe, selon l'Arcep, la crise sanitaire n’a pas eu d’impact notable sur l’évolution de la consommation de données sur réseaux mobiles en France. Celle-ci continue de croître au rythme soutenu de +40% à +50% depuis un an. Une des raisons possibles est que les Français ont beaucoup utilisé leurs réseaux Wi-Fi domestiques étant cantonnés dans leurs foyers. On notera que l'étude l'Arcep ne permet pas de savoir quelle part du trafic de données sert à s'appeler via internet (par exemple via Skype ou Whatsapp). 

Enfin, le SMS ne semble pas avoir profité de la crise sanitaire puisque le volume de messages échangés baisse encore de 4,8% sur un an. Les mobinautes privilégient désormais les applications de messageries pour échanger textes et images.

Olivier Chicheportiche