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Montebourg témoignera au procès d’une syndicaliste d’Areva

Arnaud Montebourg était ministre en charge du nucléaire au moment des faits.

Arnaud Montebourg était ministre en charge du nucléaire au moment des faits. - LIONEL BONAVENTURE / AFP

L’ex-ministre du redressement productif interviendra en faveur d’une salariée agressée à son domicile fin 2012. La justice accuse Maureen Kearney de s'être mutilée. Arnaud Montebourg pointe la position ambiguë de l’ancien patron d’Areva.

Il sera un soutien de poids. Arnaud Montebourg va témoigner, lundi 15 mai, au procès de Maureen Kearney, une ancienne syndicaliste d’Areva agressée à son domicile fin 2012, ligotée, bâillonnée et violée avec le manche d’un couteau. La justice l’accuse d’avoir inventé et simulé son histoire. L’ancienne secrétaire CFDT du comité de groupe européen d’Areva assurait avoir été agressée avant d'avouer avoir inventé cette histoire. Mais elle assure avoir subi des pressions des enquêteurs, la menaçant de représailles sur sa famille, pour passer aux aveux. Elle est ensuite revenu dessus à de multiples reprises. La justice a ouvert une enquête pour "délit et crime mensongers" et renvoyé la victime devant le tribunal correctionnel de Versailles.

A l’époque des faits, Maureen Kearney bataille avec la direction d’Areva pour obtenir des informations sur un contrat sensible passé avec EDF et la Chine. Elle détient des documents sur des transferts de technologie et alerte le gouvernement, notamment le ministre du Redressement productif, en charge de l’industrie. Elle est persuadée que son agression est liée à ses actions pour dévoiler ces contrats avec la Chine.

Mise en cause de l’ancien président d’Areva

Arnaud Montebourg ne sera pas présent au procès mais a fourni une attestation qui sera lue à l’audience. Selon les informations de BFM Business, il fera part de "la personnalité extrêmement sérieuse" de Maureen Kearney qu’il avait reçu, à plusieurs reprises, à Bercy en tant que ministre en charge du nucléaire et en Saône-et-Loire comme président du conseil général.

Il attestera également qu’"elle s’était inquiétée des relations contractuelles entre Areva, EDF et la Chine". Il affirmera avoir été informé de son agression le soir-même par le préfet des Yvelines où habitait Maureen Kearney. Et qu’il avait ensuite appelé le procureur de Versailles pour lui donner des éléments de contexte comme il l’a expliqué dans L’Obs début mai.

Une instruction truquée pour enterrer affaire ?

Mais surtout, Arnaud Montebourg relance une rumeur qui court depuis des années sur le rôle ambigu d’Areva. Il se murmure que l'ancien président du groupe nucléaire aurait contacté, le jour de l'agression, le procureur de Versailles, lui soufflant le scénario de l'invention de l'agression de Maureen Kearney. Entretenant la thèse que l'instruction avait été truquée pour enterrer l'affaire.

Sans la développer, l'ancien ministre entretient cette thèse dans son attestation: "le président du directoire, Luc Oursel (décédé en 2014, ndlr), m’a appelé quelque temps après pour m’exprimer sa satisfaction et son soulagement que l’agression ait été, selon lui, imaginée et mise en scène par celle-ci".

Un propos important pour le procès de lundi. Même si Arnaud Montebourg ne précise pas quand cet appel a été passé. Pour autant, il enfonce le clou: "cette information m’avait surpris étant donné la personnalité sérieuse et entourée de la victime". Un point que la défense ne manquera pas de relever.

Matthieu Pechberty