BFM Business

Le FMI appelle à muscler les réserves budgétaires

Les membres du Comité monétaire et financier international (IMFC), l'instance politique du FMI, lors de la réunion annuelle du Fonds à Bali (Indonésie).

Les membres du Comité monétaire et financier international (IMFC), l'instance politique du FMI, lors de la réunion annuelle du Fonds à Bali (Indonésie). - Stephen Jaffe- FMI - AFP

Malgré quelques nuages à l'horizon, la situation de l'économie mondiale reste favorable. Pour le Fonds monétaire international, c'est le moment idéal pour se constituer un filet de sécurité.

Les membres du Comité monétaire et financier international (IMFC), l'instance politique du FMI, ont publié leurs recommandations dans un communiqué clôturant la réunion annuelle du Fonds à Bali (Indonésie) au terme d'une semaine où un vent de panique a soufflé sur les marchés financiers.

"Avec une fenêtre d'opportunité qui se referme, nous allons promouvoir de façon urgente les politiques et les réformes" nécessaires pour stimuler la croissance et prévenir les risques, ont-ils indiqué dans un communiqué.

Tensions commerciales croissantes

Certes, la croissance mondiale "devrait être régulière à court terme et modérée ensuite", mais les nuages s'accumulent à l'horizon: "la reprise est de plus en plus inégale et certains des risques déjà identifiés se sont partiellement vérifiés", souligne le texte, en référence aux tensions commerciales croissantes.

Pointant du doigt les effets délétères de la guerre douanière entre la Chine et les Etats-Unis, susceptible de miner la confiance mondiale, le FMI a abaissé mardi sa prévision de croissance du PIB mondial à 3,7 % pour 2018 et 2019 (-0,2 point), soit au même niveau que celle de 2017.

Néanmoins, la situation de l'économie mondiale reste favorable, raison de plus pour agir: on avait précédemment beaucoup dit que +c'est quand il fait beau qu'il est temps de réparer le toit+", a commenté auprès de l'AFP le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, présent à Bali.

En clair, "c'est l'occasion de reconstituer des réserves", et notamment des réserves budgétaires, ce qui implique pour les Etats qui le peuvent de diminuer leur dette, "et c'est pourquoi la relance américaine apparaît à contretemps" au moment où la première économie mondiale affiche une insolente croissance, poursuit le grand argentier.

Les banques centrales sont également invitées à "normaliser" progressivement leur politique monétaire --pour disposer à nouveau de marges de manoeuvre en cas de nouvelle crise--, et les établissements financiers encouragés à gonfler leur coussin de capitaux mis de côté.

Un filet de sécurité

Autre recommandation, "sur laquelle le consensus est plus difficile": "le FMI, la France, les pays émergents ont plaidé très fortement en faveur du +filet mondial de sécurité financière+ centré autour du FMI, incluant l'augmentation de ses ressources", une nécessité "à mesure que les interdépendances mondiales croissent", confie M. Villeroy de Galhau.

Et que s'intensifient les menaces: "Il y a des risques économiques croissants dans un contexte de tensions commerciales élevées, d'inquiétudes géopolitiques, de conditions budgétaires qui sont plus difficiles et qui affectent de nombreux marchés et pays émergents", dont l'endettement s'envole et qui pâtissent du relèvement des taux américains, rappelle le communiqué du Fonds.

Dans ce contexte compliqué, le FMI a semblé cibler le bras de fer commercial sino-américain: "Nous nous garderons de procéder à des dévaluations concurrentielles et n'utiliserons pas nos taux de change à des fins compétitives", a affirmé le FMI au nom de ses Etats membres.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a indiqué cette semaine avoir fait part de ses inquiétudes au gouverneur de la banque centrale chinoise (PBOC) sur la récente faiblesse du yuan, susceptible d'avantager les exportateurs chinois. Mais il s'est gardé d'indiquer si la Chine allait ou non être accusée de manipuler sa monnaie dans un rapport bi-annuel de l'administration américaine attendu la semaine prochaine.

Yi Gang, gouverneur de la PBOC, a réitéré à Bali la ligne officielle de Pékin: "Nous n'utiliserons pas le taux de change comme un instrument dans les frictions commerciales", a-t-il affirmé dans un communiqué.

C.C. avec AFP