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La monnaie chinoise chute après les menaces de Trump

La devise chinoise dévisse ce lundi face au billet vert, alimentant les spéculations sur un geste délibéré de Pékin pour soutenir ses exportations en pleine guerre commerciale avec les États-Unis.

Plus de 7 yuans pour 1 dollar. Ce seuil symbolique des 7 yuans n'avait pas été franchi depuis neuf ans. Ce dépassement survient quatre jours après les dernières menaces de sanctions américaines contre les produits chinois. Sur le marché offshore, le yuan s'échangeait peu avant 13h15 locales (05h15 GMT) à 7,0292 pour un dollar, en repli de 1,28% par rapport à vendredi, soit son niveau le plus faible depuis 2010.

La monnaie de Pékin n'est pas entièrement convertible et la Banque centrale chinoise fixe chaque jour un taux pivot, qui s'inscrivait lundi à 6,9225 pour un dollar, en repli de 0,33% par rapport à vendredi.

Mais les marchés jouaient le yuan à la baisse, le faisant tomber jusqu'à près de 7,11 pour un dollar en début de journée, avant un redressement laissant supposer que la banque centrale serait intervenue pour calmer les marchés. Dans un communiqué, l'institution a assuré avoir "l'expérience, la confiance et la capacité de maintenir le taux de change du yuan à un niveau raisonnable et équilibré".

Un bras de fer commercial qui dure depuis plus d'un an

Donald Trump a fréquemment accusé Pékin de dévaluer artificiellement sa monnaie afin de soutenir ses exportations. Après enquête, le Trésor américain s'est toutefois refusé plusieurs fois à accuser la Chine de manipuler sa devise.

La Chine et les Etats-Unis sont engagés depuis plus d'un an dans un bras de fer commercial qui s'est traduit par l'imposition réciproque de droits de douane punitifs sur plus de 360 milliards de dollars d'échanges annuels.

Une baisse du yuan favorise les exportations chinoises et atténuerait l'impact de la hausse des droits de douane américains sur les produits chinois. Pékin s'efforçait jusqu'ici de soutenir sa monnaie "pour ne pas compromettre" les négociations commerciales avec les Etats-Unis, relève Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics. En laissant filer leur devise sous les 7 yuans les autorités chinoises montrent, selon lui, qu'elles "ont pratiquement abandonné tout espoir d'un accord commercial" avec Washington.

De nouveaux droits de douane

Donald Trump a relancé jeudi la guerre commerciale contre Pékin, en annonçant son intention d'étendre des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations en provenance de Chine à compter du 1er septembre.

"Nous avions anticipé le fait que la banque centrale finirait par dévaluer le yuan en réaction aux tensions commerciales, mais nous ne nous attendions pas à ce qu'elle survienne aussi rapidement", a ajouté M. Evans-Pritchard, envisageant à présent un taux de 7,30 yuans pour un dollar d'ici la fin de l'année. Pékin cherche pourtant depuis 2015 à stabiliser la valeur de sa monnaie pour protéger ses réserves de change et empêcher des sorties importantes de capitaux. Le patron de la Banque centrale chinoise avait assuré en mars qu'il ne se servirait "jamais" du taux de change "comme outil" dans la guerre commerciale.

Ne plus acheter de produits agricoles américains

Les Etats-Unis reprochent à la Chine d'être largement responsable de leur énorme déficit commercial. Ils réclament à Pékin des réformes structurelles pour interdire par exemple les subventions aux entreprises publiques, les transferts de technologie imposés aux entreprises étrangères et le "vol" de la propriété intellectuelle américaine. Ils exigent aussi l'achat de davantage de produits américains, notamment agricoles.

Mais en représailles aux dernières menaces de Donald Trump, Pékin a semble-t-il demandé à ses entreprises publiques de cesser l'achat de produits agricoles américains, a rapporté lundi l'agence d'information financière Bloomberg sans nommer ses sources. Dans sa riposte à Washington, la Chine viserait ainsi les agriculteurs américains, très dépendants du marché chinois et qui constituent une importante base électorale pour Donald Trump à l'approche de la présidentielle de 2020.

C.C. avec AFP