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Enlisé dans la crise, le Venezuela sort un nouveau billet avec 5 zéros en moins

La plus grosse coupure, de 500 bolivars, correspond à 50 millions de bolivars actuels. La circulation de cette nouvelle monnaie s'accompagne de mesures pour enrayer la chute vertigineuse du bolivar. Cette année l'inflation au Venezuela devrait atteindre 1.000.000%.

Avec cinq zéros en moins, les nouveaux billets vénézuéliens entrent en vigueur lundi, première étape d'un plan de relance du président Nicolas Maduro qui tente de faire face à une profonde crise économique qui pousse des millions de personnes à fuir le pays.

Entre inquiétude et perplexité, la plupart des commerces sont restés fermés durant le week-end à Caracas et dans d'autres villes. Ces derniers jours, les Vénézuéliens ont été pris d'une frénésie d'achats et fait de longues files d'attente dans les stations essence.

Le chef d'État socialiste assure que les nouveaux billets, dont la plus grosse coupure sera de 500 bolivars (50 millions de bolivars actuels, soit environ 7 dollars au marché noir, la référence de facto), sera le point de départ d'un "grand changement".

Le salaire minimum multiplié par 34

Mais les analystes et économistes jugent non viable, voire "surréaliste" le programme du gouvernement, qui prévoit aussi une hausse du salaire minimum de près de 3500% (celui-ci étant multiplié par 34), l'assouplissement du rigide contrôle des changes ainsi qu'un nouveau système pour le prix de l'essence.

Nicolas Maduro a également annoncé que l'État assumerait pendant 90 jours le "différentiel" de l'augmentation du salaire minimum pour toutes "les petites et moyennes industries", sans en préciser les modalités.

"C'est un truc de dingue", déclare à l'AFP Henkel Garcia, directeur du cabinet Econometrica, alors qu'une hyperinflation attendue à 1.000.000% fin 2018 sévit au Venezuela.

La production de pétrole divisée par deux

Dans ce pays autrefois très riche, qui détient les plus grandes réserves pétrolières de la planète, le panorama économique s'est considérablement assombri. La production de pétrole, qui apporte 96% des revenus de l'État, a été divisée par deux en dix ans, passant de 3,2 millions de barils par jour (mbj) en 2008 à 1,4 mbj en juillet. Le déficit s'élève à 20% du PIB et la dette externe à 150 milliards de dollars, alors que les réserves ne sont que de 9 milliards.

Les nouveaux billets arrivent 20 mois à peine après l'introduction progressive par le gouvernement de coupures de plus en plus grosses, de 20.000 puis 100.000 bolivars. Dix ans auparavant, en 2008, l'État avait déjà éliminé trois zéros en lançant le "bolivar fort". Cette fois-ci, il s'agit du "bolivar souverain".

2,3 millions de Vénézuéliens ont fui le pays

Ce lancement coïncide avec de graves tensions migratoires dans la régions: les Nations unies estiment que 2,3 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays à cause de la crise. Le Brésil va envoyer des troupes à sa frontière avec le Venezuela après que des habitants de la ville limitrophe de Pacaraima ont brûlé les camps de fortune de migrants vénézuéliens.

En Equateur, des migrants vénézuéliens sont bloqués à la frontière, où on leur demande désormais un passeport, que la plupart n'ont pas, au lieu d'une simple carte d'identité.

Le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA) Luis Almagro a demandé sur Twitter aux pays de la région de "maintenir les portes ouvertes au peuple du Venezuela, victime de la pire crise humanitaire que le continent ait connue".

L'opposition appelle à la grève

Trois des principaux partis d'opposition du Venezuela ont appelé à une grève de 24 heures mardi contre "des mesures désordonnées et irrationnelles, contradictoires et non viables, qui ne feront qu'accroître le chaos et la crise économique que subit le Venezuela".

"C'est un premier pas", a déclaré dimanche l'ex-syndicaliste Andrés Velasquez, dont la formation Causa R participe au mouvement. L'objectif, a-t-il assuré, est d'articuler "les protestations sociales", alors que des manifestations isolées contre les pénuries ou la faillite des services public se multiplient.

J.-C.C. avec AFP