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Les conséquences économiques de la crise en Ukraine

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La crise qui tourne autour de l’Ukraine et de la Russie affecte l’économie de ces deux pays qui sont déjà dans une situation difficile.

On ne connait pas la croissance 2013 de l’Ukraine mais celle de 2012 avait été de 0,2% dans un pays qui compte tenu des retards hérités de la période soviétique devrait avoir une forte croissance de rattrapage. Quant à la Russie, elle était le "R" des célèbres BRICS. Or la croissance en 2013 a à peine dépassé 1%.

La crise diplomatique ne peut qu’aggraver la situation. Les monnaies de ces deux pays baissent par rapport au dollar. La bourse de Moscou a perdu 13% de sa valeur en 4 jours, soit une perte en capital supérieure au coût des JO. En revanche pour l’instant, l’Europe ne subit pas de conséquence immédiate des événements.

L'Ukraine et la Russie souffrent sur le plan économique de la crise politique

Il est évident que pour l’Ukraine, qui est un pays déjà en mal de croissance, les journées consacrées à manifester sont des journées de travail perdues. D’où un endettement extérieur croissant qui pose problème. D’ailleurs le 4 mars, une délégation du FMI est attendue pour voir comment l’Ukraine peut faire face à ses engagements futurs qui représentent 35 Mds $ sur 2 ans. Et aussi pour comprendre comment la situation économique a pu se dégrader à ce point depuis 2 ou 3 ans.

La Russie est aussi en situation délicate. Le "R" des BRICS connaît les difficultés du moment des pays émergents. La croissance y est passée entre 2010 et 2013 de 4,5% à 1%. Surtout la croissance russe est très centrée sur le secteur des hydrocarbures. C’est pourquoi, l’idée de représailles russes contre l’Europe sous forme d’embargo sur le gaz ne va pas de soi, car la Russie se priverait de recettes dont elle a besoin.

Les investisseurs sont en train de se retirer de Russie et ce n’est pas le moment pour elle d’en rajouter. La banque centrale a monté son taux d’intérêt de 5,5% à 7% et commencé à essayer de limiter la baisse du taux de change du rouble. Elle a beaucoup de réserves grâce au niveau élevé du cours du pétrole de ces dernières années mais la défiance est là et il faut pour qu’elle ne perde pas une partie substantielle de ses réserves qu’assez vite on en revienne à une situation un peu plus stable.

L'Europe va-t-elle subir les conséquences de cette tension?

En fait l’héritage de la période soviétique et de son isolationnisme est encore présent, si bien que nous sommes assez peu en relation économique avec ces deux pays. La Russie nous fournit du gaz. Elle représente 15% du gaz consommé en France, mais 35% en Allemagne et 100% dans les pays baltes. Berlin a indiqué qu’il avait fait le nécessaire en termes de stock et la Norvège a affirmé qu’elle était disposée à accroître sa production.

Les réactions les plus évidentes portent sur le cours en bourse des entreprises qui ont investi en Russie. Les deux valeurs les plus chahutés ces derniers jours à Paris sont celles de Renault et de la Société générale qui ont des actifs assez importants en Russie.

A terme, quel résultat faut-il attendre de cette situation ?

Pour les Russes, le danger est une accélération de la redistribution des cartes dans le marché du gaz. Les Polonais qui sont très actifs dans ce dossier répètent que la politique énergétique de l’Europe doit s’orienter de plus en plus vers une élévation du niveau d’approvisionnement interne en énergie, ce qui est une façon de demander la mise en exploitation des gaz de schiste notamment en France.

Pour les Ukrainiens, il est probable que le FMI va leur imposer un plan d’austérité même si Mme Lagarde a indiqué que l’institution souhaitait agir avec souplesse.

Pour nous, on va probablement vers une appréciation du taux de change des devises refuges, c'est-à-dire l’euro et surtout le dollar contre les autres devises.

Jean-Marc Daniel