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Le Smic jeunes fonctionne-t-il chez nos voisins européens?

La carte du chômage des jeunes en Europe selon Eurostat.

La carte du chômage des jeunes en Europe selon Eurostat. - -

Pierre Gattaz a suscité un tollé en faisant le lien entre chômage des jeunes et Smic trop élevé le 15 avril. En Europe, certains pays leur appliquent un traitement spécifique. Avec un impact sur l'emploi?

Instaurer un salaire minimum spécifique aux jeunes, moins élevé, pourrait favoriser l'emploi de cette catégorie de population, très touchée par le chômage, selon le président du Medef, Pierre Gattaz. Sa proposition en ce sens, formulée mardi, a fait un tollé, et continue de faire polémique ce 16 avril.

Le patron des patrons a évoqué un lien de cause à effet entre le Smic et le fort taux de chômage des jeunes en France (24% des moins de 25 ans, contre 9% environ pour l'ensemble de la population). En particulier des moins qualifiés.

En Europe, 22 Etats sur 27 ont adopté un salaire minimum garanti. En janvier 2014, ils oscillaient entre 174 euros mensuels (en Bulgarie) à 1.921 euros (au Luxembourg). Parmi eux, huit en ont exclu les jeunes, ou leur en attribuent un montant minoré. Passage en revue.

> Au Pays-Bas

Amsterdam a mis au point un "Smic" progressif, qui varie selon l'âge du salarié. En-dessous de 23 ans par exemple, il est inférieur de 15%; en dessous de 22 ans, inférieur de 28%. Il s'élève donc à seulement 500 euros par mois lorsqu'on a 16 ans.

Les Néerlandais ont développé une culture des petits boulots pour les jeunes, les très jeunes même puisque le niveau du Smic démarre à 14 ans. D'ailleurs les jeunes des Pays-Bas combinent souvent étude et travail, ils sont 60% des moins de 24 ans dans ce cas, deux fois plus qu'en France.

Le taux de chômage des jeunes actifs y est l'un des plus faibles d'Europe, à 11,5%, contre plus de 20% en moyenne dans l'UE.

> En Belgique

Des salaires minimum sont fixés par des conventions collectives. Il n'y a pas de Smic jeunes unifié, mais différents paliers dont le montant dépend de sa fonction, et de son ancienneté, et de son âge bien sûr.

Dès 21 ans, ils touchent 1.500 euros par mois. Au-delà de 21 ans et un semestre, avec une ancienneté de six mois, ils gagnent 1.540 euros. Et enfin 1.560 euros au-dessus de 22 ans, dès lors qu'ils travaillent depuis un an. En-deçà de 21 ans, ils n'ont le droit qu'à un pourcentage de ce salaire minimum, qui varie encore en fonction de l'âge. Le chômage des moins de 25 ans y atteint 19,8% en 2012, pour 6,2% de taux national.

> Au Royaume-Uni

Même principe qu'en Belgique, en moins compliqué puisque les paliers sont déterminés en fonction du seul critère de l'âge. Ainsi, le salaire minimum national est à 5,35 livres de l'heure (soit 6,50 euros), mais à 4,45 livres (soit 5,41 euros) pour les 18-22 ans, et 3,30 livres (soit 4,01 euros) pour les 16-17 ans. Le chômage des jeunes y est néanmoins inférieur à la moyenne européenne, à 21,1% des moins de 25 ans.

> En Finlande

Comme chez ses deux consœurs scandinaves, il n'y pas de salaires minimum, ni pour les jeunes ni pour personne, mais des mesures pour l'emploi.

Helsinki a mis en place une "garantie jeunesse", qui consiste à proposer aux jeunes un emploi, un stage, un cursus d'étude, un atelier ou un projet de réinsertion professionnelle dans les trois mois suivant la perte de leur travail. Pour autant, 19% des moins de 25 ans y étaient au chômage en 2012, contre 9,8% de taux national, selon Eurostat.

Nina Godart