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Le débat sur les contreparties aux aides sociales agite la majorité

Edouard Philippe, à Saint-Hernin (29), ce vendredi 15 février.

Edouard Philippe, à Saint-Hernin (29), ce vendredi 15 février. - FRED TANNEAU / AFP

Edouard Philippe a relancé le débat en fin de semaine dernière. Un déjeuner est prévu jeudi à l'Elysée sur le sujet. Le MoDem et l'aile gauche de LaRem sont très critiques.

Le débat "explosif" lancé par le Premier ministre Edouard Philippe sur d'éventuelles contreparties au versement d'aides sociales a continué mercredi d'agiter la majorité, à la veille d'une rencontre à l'Elysée partiellement consacrée à ce dossier. "Ce à quoi je ne crois pas et avec quoi je ne suis pas d'accord", ce sont des "contreparties punitives", a souligné la
ministre du Travail Muriel Pénicaud sur BFM TV-RMC. "Quand on n'est pas en travail depuis longtemps, retrouver une situation de travail, se remettre dans un cadre de travail, ce n'est pas évident." "Qu'il y ait une première étape qui soit proposée, qu'on puisse faire du travail bénévole pendant quelques heures, pourquoi pas, mais aussi sous d'autres formes", a-elle ajouté. "Il faut une activité un peu tremplin quand on a été au chômage pendant longtemps".
"Beaucoup sont preneurs(...) la logique ce n'est pas de l'imposer", a-t-elle poursuivi. "On ne peut pas dire aux gens simplement 'on vous donne une indemnité pour vivre, parfois pour survivre et puis c'est tout, la société ne s'occupe plus de vous'".
Même son de cloche chez la secrétaire d'État auprès de la ministre de la Santé, Christelle Dubos. "Je veux que ce soient des contreparties qui permettent aux personnes bénéficiant des minima sociaux de pouvoir sortir et
aller vers de l'insertion sociale et professionnelle", a-t-elle dit sur Radio Classique. "La question est posée dans le cadre du grand débat, la contrepartie elle existe déjà depuis 30 ans avec le RMI puis le RSA, c'est le droit et l'obligation d'un accompagnement", a-t-elle ajouté. "Le constat qui est fait aujourd'hui, c'est que 700.000 bénéficiaires en France n'ont pas d'accompagnement." "Je crois que la contrepartie, c'est aussi une contrepartie de politique publique: c'est être présent, les accompagner vers
de l'emploi et vers une activité", a-t-elle poursuivi.

Déjeuner de travail

La question de contreparties, qualifiée de sujet "explosif" par Edouard Philippe lui-même, suscite des remous depuis vendredi notamment au sein de l'aile gauche de la majorité présidentielle. La présidente de la commission des Affaires sociales, Brigitte Bourguignon (LaREM), a appelé à arrêter "de stigmatiser nos concitoyens les plus fragiles en reprenant les propositions de Laurent Wauquiez et des tenants du 'cancer de l'assistanat'", estimant que cela ajoutait de la "division inutile entre les Français".
Au MoDem, la députée Isabelle Florennes a appelé à faire "attention à ne pas stigmatiser" tandis qu'au Parti socialiste, le porte-parole Boris Vallaud a estimé que "les minima sociaux" constituaient "déjà une contrepartie aux injustices de la vie".
Face aux critiques, Edouard Philippe a défendu sa position mardi à l'Assemblée nationale, jugeant qu'il n'était "pas scandaleux, je le dis comme je le pense, de poser la question des droits et des devoirs".
Selon Muriel Pénicaud, la question sera à l'ordre du jour du déjeuner de travail organisé jeudi à l'Elysée entre Emmanuel Macron, Edouard Philippe et les présidents des conseils départementaux.

La rédaction avec Reuters