BFM Business

Le ciel européen reste perturbé, moins de cendres en Islande

Photo satellite de l'Eyjafjöll. Selon les spécialistes locaux, le volcan islandais, dont l'éruption jeudi a entraîné la paralysie d'une grande partie du trafic aérien européen, crache désormais plus de lave et moins de cendres. /Image prise le 17 avril 20

Photo satellite de l'Eyjafjöll. Selon les spécialistes locaux, le volcan islandais, dont l'éruption jeudi a entraîné la paralysie d'une grande partie du trafic aérien européen, crache désormais plus de lave et moins de cendres. /Image prise le 17 avril 20 - -

par Tim Hepher PARIS - L'activité aérienne en Europe a subi lundi son cinquième jour de perturbations, avec environ un tiers de vols assurés, en...

par Tim Hepher

PARIS (Reuters) - L'activité aérienne en Europe a subi lundi son cinquième jour de perturbations, avec environ un tiers de vols assurés, en raison du nuage persistant de poussières volcaniques venu d'Islande.

Entre 8.000 et 9.000 vols ont pu être effectués, soit un tiers du volume normalement prévu, selon l'agence européenne de l'aviation civile Eurocontrol, alors que les autorités espéraient atteindre le seuil de 50%.

Selon les données fournies par cet organisme, 80.000 vols ont été supprimés depuis jeudi en Europe.

En Islande, l'activité du volcan s'est modifiée, et l'Eyjafjöll crache désormais plus de lave et moins de cendres, un signe encourageant pour la reprise du trafic.

Après de nouvelles fortes secousses autour du volcan, le panache est retombé à une altitude d'environ 2.000 mètres, contre 11.000 au début de l'éruption, mercredi.

"Nos caméras montrent qu'il n'y a plus beaucoup de cendres maintenant et principalement de la vapeur", a constaté un responsable des services météo islandais.

L'Association internationale du transport aérien (Iata) a appelé lundi les autorités européennes à rouvrir les espaces aériens du continent.

Le chef de l'Iata, Giovanni Bisignani, a estimé que les autorités européennes avaient "manqué des occasions de reprendre les vols en toute sécurité".

"Le volcan a paralysé le transport aérien, dans un premier temps en Europe mais maintenant les conséquences sont mondiales. L'impact économique (sur le secteur) est désormais plus important que le 11-Septembre, quand l'espace aérien américain a été fermé pendant trois jours", a souligné Bisignani.

"Nous devons nous écarter de cette fermeture de précaution et trouver des moyens de rouvrir l'espace aérien de manière flexible, étape par étape. Nous devons prendre des décisions sur la base de la situation réelle et non pas de modèles théoriques", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse à Paris.

LA ROYAL NAVY MOBILISÉE

Les ministres des Transports de l'Union européenne devaient tenir dans la journée une visioconférence à l'issue d'une réunion d'Eurocontrol, l'agence européenne de l'aviation civile.

L'Autriche a rouvert lundi ses aéroports, mais d'autres pays ont maintenu les interdictions de vol. L'Italie a ainsi refermé son espace aérien Nord après l'avoir brièvement ouvert lundi.

La Pologne a toutefois rouvert lundi quatre aéroports dont ceux de Varsovie et Cracovie. Lodz et Rzeszow ont également pu reprendre leurs activités.

Mais dans le monde, des millions de passagers restent en attente d'un vol pour regagner leurs foyers.

Le Royaume-Uni a ainsi mobilisé trois navires de la Royal Navy, dont un porte-avions, pour rapatrier des citoyens britanniques. Selon l'association britannique des voyagistes, environ 150.000 d'entre eux sont bloqués à l'étranger.

L'effet de la paralysie sur l'activité commerciale se fait aussi ressentir.

Au Kenya, les horticulteurs ont annoncé perdre jusqu'à 2 millions de dollars par jour. Un tiers des importations de fleurs européennes provient du Kenya.

En Grande-Bretagne, des entreprises ont signalé l'absence de nombreux employés, qui n'ont pu rentrer à temps de vacances. Des hôpitaux ont dû reporter des opérations en raison du manque de chirurgiens.

Certains grossistes alimentaires sont également dans l'embarras.

UN F-16 TOUCHÉ PAR DES PARTICULES

Les compagnies aériennes européennes réclament une révision des interdictions de vol. Les vols d'essai menés durant le week-end n'ont révélé aucun incident lié aux cendres volcaniques.

Mais des dépôts de verre ont été retrouvés dans le réacteur d'un chasseur F-16 de l'Otan, a rapporté lundi un responsable américain.

Les cendres volcaniques, très abrasives, peuvent causer d'importants dégâts aux appareils. Les particules de verre qu'elles contiennent risquent de fondre dans les réacteurs et de se resolidifier sur leurs ailettes, au risque de les bloquer totalement.

La Commission européenne a indiqué être prête à verser des indemnités aux compagnies aériennes, dont les pertes cumulées sont estimées par l'Iata à 250 millions de dollars par jour.

Les cours en bourse des compagnies aériennes ont à nouveau chuté lundi, et le commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia, a indiqué être prêt à assouplir pour l'occasion les règles supervisant les aides publiques des Etats à leurs transporteurs.

Conséquence logique de la paralysie des avions, la demande en kérosène a chuté d'au moins un million de barils par jour (bpj), selon des analystes.

Avant les perturbations, la demande moyenne était en Europe de 1,17 million de bpj en janvier et de 1,25 million de bpj sur l'année 2009.

Le prix de la tonne de kérosène a reculé de 40 dollars depuis jeudi, pour s'établir entre 720 et 730 dollars en Europe.

Avec les bureaux de Londres, Genève, Dublin, Amsterdam, Bruxelles, Reykjavik, Washington, Francfort et Berlin. Gregory Schwartz pour le service français