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La fin de la taxe d'habitation est "profondément injuste", juge André Laignel (Association des Maires de France)

Invité sur le plateau de "12h, l'Heure H" sur BFM Business, le premier vice-président de l'association juge très sévèrement l'action du gouvernement et notamment la disparition de la taxe d'habitation.

Une chose est sûre, le courant ne passe toujours pas entre les maires de France et le président de la République venu ce mardi au Congrès des maires. Malgré un discours offensif où Emmanuel Macron a tendu la main aux édiles du pays, pour André Laignel, premier vice-président de l'association des Maires de France, invité sur le plateau de "12h, l'Heure H" sur BFM Business, "nous avons entendu un communiquant, pas un président".

C'est encore et toujours la disparition de la taxe d'habitation qui cristallise les rancoeurs. Car le maire de Issoudun (Indre), comme ses confrères, ne croit absolument pas à la promesse du gouvernement de la compenser à l'euro près.

"Seule la proximité de Noël peut nous faire croire à ce conte", assène l'élu. "Nous ne serons pas remboursés à l'euro près. D'ailleurs plusieurs mesures qui sont dans la loi de finances 2020 nous conduisent déjà à avoir des amputations. Donc c'est une fable".

Et de citer: "on nous change le mode d'indexation des bases des impôts locaux ce qui fait qu'au passage le gouvernement s'exonère d'un certain nombre de remboursements. Deuxième exemple, c'est le fait que l'année de référence pour les compensations soit 2017, ce qui veut dire qu'on passe par pertes et profits les évolutions qui ont eu lieu en 2018 et 2019. D'ores et déjà, cette fable n'est pas entendable".

André Laignel juge par ailleurs que la disparition de la taxe d'habitation est "profondément injuste". "Les 20% de foyers les plus aisés vont bénéficier de 8 milliards, les 20% de ménages les plus modestes bénéficieront de zéro euro".

Pourquoi? "Tout simplement parce que les plus pauvres sont déjà exonérés, la disparition (de la taxe) n'apporte aux plus défavorisés dans notre pays strictement aucun avantage. Et pour le reste, au milieu, c'est j'allais dire modeste mais les 20% les plus aisés, c'est 8 milliards sur les 16, c'est ça la réalité de la réforme, c'est une réforme qui va creuser les inégalités et les écarts" tout en réduisant la capacité des maires à agir en termes de services publics, la principale demande des citoyens selon eux.

Le maire dénonce le dialogue de sourds avec le Président et le gouvernement, "il n'y pas de négociations, nous sommes parfois convoqués, on nous parle, et on nous entends quasiment jamais"...

Olivier Chicheportiche