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La discrète percée des monnaies locales "alternatives" à l'euro

L’eusko a été lancé en janvier 2013 sur tout le Pays Basque nord. 
Ce sont plus de 476.500 euskos qui sont en circulation sur ce territoire.

L’eusko a été lancé en janvier 2013 sur tout le Pays Basque nord. Ce sont plus de 476.500 euskos qui sont en circulation sur ce territoire. - Les monnaies locales complémentaires - Future-Arte - YouTube.

Plus d'une trentaine de monnaies locales ont cours en France. Obtenues contre des euros, elles visent à soutenir la production et la consommation locales du territoire où elles sont en circulation. Un phénomène peu voyant car embryonnaire et décentralisé, mais porteur...

Il n'y a pas que l'euro pour payer son boulanger ou son boucher. Dans plus d'une trentaine de territoires, on peut faire ses courses en monnaie locale : avec l'eusko en pays basque, en sol violette à Toulouse ou en galais dans les 55 communes du pays de Ploërmel dans le Morbihan.

On dénombre presque une quarantaine de ces monnaies alternatives en circulation en France. Presque autant sont en projet. Leur essor doit beaucoup à la la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire (ESS). Ce texte reconnaît les "monnaies locales complémentaires" comme moyen de paiement dès lors qu'elles sont à l’initiative de structures relevant des acteurs de l’ESS. En fournissant un cadre juridique à ces moyens de paiement, la loi a facilité la possibilité pour les collectivités locales de s’associer à ces initiatives.

La crise des subprimes en 2008 a stimulé les innovations monétaires

Pour les promoteurs de ces monnaies, il ne s’agit pas de se substituer au système monétaire existant. L'enjeu consiste à mettre en place des systèmes où les citoyens se réapproprient l'utilisation de la monnaie et de ses fonctions. "La crise financière des subprimes puis celle des dettes souveraines de 2008 a contribué à l’accélération du développement de ces innovations monétaires" explique le rapport sur les monnaies locales complémentaires remis en 2015 à Carole Delga, secrétaire d'État au commerce de l'époque.

Ces monnaies alternatives ont au moins deux points communs : celui d’être relié à la monnaie légale (l'euro) et leur volonté de privilégier l’économie locale sur la zone géographique où elles sont émises et utilisables. La motivation première de leurs promoteurs consiste en effet à "privilégier l’usage local de revenus tirés d’une production locale, de constituer un circuit complémentaire au circuit économique courant" explique le rapport de 2015.

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- © Il y a près de 40 monnaies locales actives. En vert : monnaie en circulation ; rouge : ne circule plus ; bleu : en projet. Source: monnaie-locale-complementaire.net

Recourir à une monnaie locale permet de soutenir les circuits courts ou d'encourager les commerçants à se fournir auprès de producteurs locaux. On les obtient en général avec un taux de change à parité: 1 euro contre 1 unité de la monnaie locale. Elles sont majoritairement émises en billets utilisables auprès d’un réseau limité de prestataires (commerçants), s'engageant à les accepter en règlement.

"Payer en Pyrène, c'est faire circuler la monnaie pour les échanges essentiels comme se nourrir. Elle permet de relocaliser l'économie et de recréer du lien entre les habitants. La plupart des commerçants sur le marché acceptent la Pyrène ainsi que de plus en plus de commerces de Cazères et ses environs" explique dans La Dépêche, Jean-Paul Pla. Ce cofondateur de la monnaie sol violette à Toulouse venait soutenir, fin septembre 2016, le lancement de cette monnaie locale dans la commune ariègoise de Cazères.

La plupart des monnaies locales reposent sur un support papier

Dans l’enquête menée par les auteurs du rapport de 2015 auprès de 17 monnaies locales en circulation, toutes reposaient sur un support papier. Par ailleurs, la moitié des projets naissent au cœur d’une association déjà existante, et un tiers supplémentaire sont impulsés par des citoyens qui s’organisent ensuite autour d’une association dédiée à la mise en place d’une monnaie. "L’immense majorité des dispositifs (94%) reposent sur le statut d’association à but non lucratif de la loi de 1901" souligne ce document.

Le principal risque lié à ces monnaies alternatives serait qu'en cas d'arrêt brutal du dispositif en place, les utilisateurs y soient de leur poche, faute de pouvoir récupérer leurs euros initiaux. A priori cette menace n'est que virtuelle. "L’obligation de cantonner les fonds collectés sur un compte bancaire dédié (ne pouvant être utilisé à d’autres fins que celle de réserve) s’impose à l’association émettrice de la monnaie locale, que celle-ci soit sous forme papier ou électronique" rappellent les auteurs du rapport sur les monnaies locales complémentaires.

Eusko, la monnaie basque qui monte...

L’eusko a été lancé en janvier 2013 sur le pays basque français. La monnaie est échangée à un taux de 1 eusko pour 1 euro. Les billets émis sont de 1; 2; 5; 10 et 20 euskos. L'association qui la gère (Euskal moneta) revendique une monnaie écologique et solidaire, qui se doit d’être un outil de réorientation des pratiques économiques locales. En effet, les producteurs qui acceptent l'eusko ont été triés sur le volet, travaillant avec des produits cultivés au Pays basque. Les particuliers souhaitant l'utiliser et les "prestataires" (commerçants, entreprises, professions libérales, associations, collectivités locales…) l'acceptant comme mode de paiement doivent adhérer à l’association Euskal Moneta. La monnaie basque n’est pas reconvertible en euros pour les particuliers mais elle l'est pour les prestataires, avec des frais de commission de 5%. L'eusko, c'est aujourd'hui 6 salariés (5 ETP), une cinquantaine de bénévoles et 476.500 eusko sécurisés édités en circulation, selon le rapport de 2015 sur les monnaies locales complémentaires .

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco