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La BCE "surprise" de la faible croissance française

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- - DANIEL ROLAND - AFP

La faible performance de l'économie française "est surprenante" alors que celle-ci a jusqu'à présent été épargnée par une crise grave, a déclaré Peter Praet, l'économiste en chef de la Banque centrale européenne (BCE), plaidant pour des réformes énergiques dans la deuxième économie européenne.

"Ce qui frappe le plus quand on regarde la France, c'est qu'elle n'a pas eu de graves crises d'endettement ou bancaire comme d'autres pays. Cela rend la faible performance de l'économie d'autant plus surprenante", a déclaré Peter Praet, l'un des six membres du directoire de l'institution monétaire, interviewé lundi par l'AFP dans son bureau au siège de celle-ci à Francfort.

La volonté de réforme affichée par le gouvernement français est "visiblement là", juge le banquier central, et "le gouvernement s'attaque" aux problèmes structurels. Mais "il reste des blocages très importants", a-t-il ajouté, et "la mise en oeuvre est très difficile", notamment en ce qui concerne les réformes du marché du travail.

"Multiplication des petits pas"

"En matière de rythme des réformes, la France a opté pour la multiplication des petits pas mais les résultats restent limités jusqu'à présent", a poursuivi Peter Praet, alors que "la question des réformes structurelles est la question clé" pour le pays. "Il y a de grandes difficultés à convaincre la population", a-t-il reconnu, estimant que le gouvernement devait mettre en oeuvre une "forte communication" autour de ses projets.

La France attend une croissance de 1% de son Produit intérieur brut (PIB) cette année et de 1,5% l'an prochain, et a repoussé à 2017 l'horizon de son retour dans les clous du pacte de stabilité et de croissance, qui plafonne à 3% du PIB le déficit public.

Le projet de budget 2016 du gouvernement de Manuel Valls prévoit des baisses d'impôts - deux milliards d'euros pour l'impôt sur le revenu - et des abaissements de charges pour les entreprises, autant de mesures destinées à soutenir la demande et la compétitivité. Pourtant "la question des réformes structurelles en France dépasse de loin la question de soutenir la demande par des politiques budgétaires ou des politiques monétaires", a estimé Peter Praet, dans un plaidoyer pour une action plus résolue sur les structures de l'économie française.

Le ministre français des Finances Michel Sapin était en visite à Francfort lundi, où il a rencontré entre autres le président de la BCE Mario Draghi. "La France a longtemps considéré que le rythme imposé de réduction des déficits posait problème pour permettre la reprise. Mais nous estimons actuellement que nous avons atteint un bon équilibre et sommes sur la bonne trajectoire de réduction des déficits", a-t-il déclaré avant cette entrevue.

N.G. avec AFP