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La Banque centrale européenne victime "d’endogamie mentale"?

Le conseil des gouverneurs de la BCE, uniquement masculin, est actuellement en sous-effectif

Le conseil des gouverneurs de la BCE, uniquement masculin, est actuellement en sous-effectif - -

Pour la première fois, la nomination d’un membre du directoire de la BCE a été rejetée par le Parlement européen pour dénoncer l’absence de femmes au sein de ce conseil. Au-delà du problème de parité, le manque de diversité de profils au sein de la Banque centrale européenne est également pointé du doigt.

Au directoire de la Banque centrale européenne (BCE), ils sont actuellement cinq, alors qu’ils devraient être six. Le Luxembourgeois Yves Mersh, a été proposé pour remplacer Jose-Manuel Gonzalez-Paramo, parti le 31 mai 2012, mais le Parlement européen a voté contre sa nomination, le 25 octobre. Une première depuis la création de la BCE, en 1998. Les eurodéputés ont voulu dénoncer l’absence totale de femme au sein du conseil des gouverneurs de la BCE. Mais aussi, son manque de représentativité au sens large.

Le conseil des gouverneurs de la BCE est en théorie composé de 23 membres. D’une part, les 17 gouverneurs des banques centrales de la zone euro, d’autre part le directoire, composé de six personnalités nommées par le conseil européen. Sur le papier, ces six-là sont supranationaux et ne sont pas obligatoirement des banquiers centraux. Dans les faits, "ils viennent tous du même milieu", regrette l'eurodéputé Sylvie Goulard, qui mène le combat de la diversité des approches économiques.

Des banquiers centraux entre eux

Les curriculum vitae des membres du directoire de la BCE en attestent. Tous ont reçu des formations économiques, tous ont effectué la majorité de leurs expériences professionnelles dans le public, au sein des Trésors, des banques centrales nationales. "Seuls le Français Benoît cœur et l’Allemand Jorg Asmussen ne sont pas d’anciens banquiers centraux" assure Sylvie Goulard.

Quant à une éventuelle expérience dans le privé, elles ne sont pas légion. Le président de l’institution de Francfort Mario Draghi a certes été vice-président et directeur général de Goldman Sachs International, de 2002 à 2005. Une ligne de son CV qui a donné lieu à des suspicions que ne comprend pas Sylvie Goulard. "A l’heure où le financement des pays se fait sur les marchés, reprocher à Mario Draghi de connaître comment ils fonctionnent de l’intérieur est aberrant" s’insurge-t-elle.

Des nominations où la nationalité prime sur la compétence

D’ailleurs, pour l’eurodéputée, la crise qui secoue l’Europe "est née en partie d’une espèce d’endogamie mentale, de gens qui pensent tous pareil". C’est pourquoi il faut à tout prix aller chercher les membres du directoire dans un "vivier plus large", proposer "des universitaires, des prix Nobels si leur champs de recherche correspond aux problématiques de la BCE, des gens qui viennent de banques privées".

D’une manière générale, une question se pose : comment sont choisis les gens pour les postes européens à responsabilité ? Sylvie Goulard dénonce "ces réunions à huis clos, dans lesquelles la nationalité des individus prime, au détriment de leur mérite et de leurs compétences".

Le sixième membre du directoire de la BCE devrait être nommé avant la fin de l’année, à l’occasion des sommets européens de novembre ou de décembre. Ce sera ainsi aux dirigeants de la zone euro eux-mêmes de trancher.

Nina Godart