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L’union France-Allemagne mise à mal par la réalité économique

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François Hollande et Angela Merkel se retrouvent ce samedi 22 septembre à Ludwigsburg en Allemagne pour célébrer l’union franco-allemande. "Une union menacée" d'après le titre du dernier livre de Jacques-Pierre Gougeon, directeur de l’Institut de Recherches internationales et stratégiques.

Il y a cinquante ans, le général de Gaulle dédiait un discours à la jeunesse allemande dans sa langue. Cet anniversaire devrait être propice à la célébration des bonnes relations entre la France et l’Allemagne. Si tant est qu’elles aient encore cours, ce dont doute Jacques-Pierre Gougeon, le directeur de la recherche à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). A la veille de la rencontre entre Angela Merkel et François Hollande, l’auteur de "France-Allemagne: une union menacée ?" (Armand Colin), était l’invité de Stéphane Soumier sur BFM Business.

Cette année, 18% des Allemands considèrent la France comme le meilleur ami de l’Allemagne contre 41% en 2005. C’est par ce chiffre éloquent que Jacques-Pierre Gougeon commence à développer sa thèse.

L'Allemagne veut écrire "une histoire de puissance"

Le "basculement a eu lieu en 2006", dit Jacques-Pierre Gougeon, au moment du "décrochage économique de la France par rapport à l’Allemagne". Le scientifique rappelle que le PIB allemand est supérieur de 35% au nôtre. Et sa croissance, ces dernières années, quasiment le double de celle de la France. Ce qui a fait naître chez notre voisin outre-Rhin une volonté de "repenser sa relation avec Paris".

A partir de là, Berlin a voulu écrire ce que le chercheur appelle "une histoire de puissance". En d’autres termes, après sa réunification et en parallèle du développement de son économie, l’Allemagne a voulu s’émanciper de sa "politique de retenue", une sorte de profil bas adopté à la fin de la seconde guerre mondiale. Désormais, "elle s’assume" et veut "peser sur la scène mondiale, au sein des instances internationales".

Berlin a de plus en plus les yeux tournés vers l'Est

Un changement de comportement dont le meilleur exemple reste, du point de vue du directeur de recherche à l’Iris, le moment où l’Allemagne se désolidarise de la France à propos de l’intervention en Lybie, et se range du côté des Russes. La raison n’est pas le "pacifisme allemand", estime Jacques-Pierre Gougeon, mais bien le fait qu’outre-Rhin, on a considéré qu’il n’était pas de leur intérêt d’y aller. D’autant que cette offensive était conduite par la France, avec l’ex-président Nicolas Sarkozy "très en pointe sur ce sujet", qui considérait que l’Allemagne "finirait par monter dans le bateau". Ça n’a pas été le cas.

Ainsi, pour le chercheur, le grand enjeu des mois à venir pour le nouveau gouvernement français, va être d’amener la relation avec l’Allemagne vers une phase de "normalisation". Et ce n'est pas gagné. Jacques-Pierre Gougeon reconnaît que l’Allemagne a de plus en plus "le regard tourné vers la Russie et vers l’Asie". Parce que dans sa "volonté de puissance", elle tente de se rapprocher "des grands". "Alors évidemment, conclue-t-il, la place de la France s’en trouve relativisée".

Nina Godart