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L'UE tente d'amadouer les "frugaux" avant un sommet extraordinaire sur son plan de relance

Charles Michel tente d'amadouer les "frugaux"

Charles Michel tente d'amadouer les "frugaux" - AFP

Le patron belge du Conseil européen tente d'infléchir la position des pays réticents à adopter le plan de relance massif proposé par la Commission à l'initiative du couple franco-allemand. Les négociations s'annoncent tout de même tendues.

À une semaine d'un sommet européen qui s'annonce tendu, les 27 pays de l'Union européenne ont été appelés à approuver un plan de relance massif par le président du Conseil Charles Michel qui a tenté de vaincre les réticences des États "frugaux".

"Il est temps d'agir, il est temps de décider", a déclaré Charles Michel, qui anticipe de "difficiles discussions" lors de ce sommet extraordinaire des 17 et 18 juillet.

Chef d'orchestre du Conseil européen, le Belge présentait vendredi une proposition qui doit servir de base aux négociations lors de cette rencontre, pour la première fois en face-à-face depuis le début de la pandémie.

Il a repris la proposition de la Commission européenne d'un plan de relance de 750 milliards d'euros, composé de 250 milliards de prêts, et surtout de subventions à hauteur de 500 milliards, qui n'auront pas à être remboursées par les États bénéficiaires. Elles devraient l'être grâce à de nouvelles ressources, comme une taxe sur le plastique, que l'UE prévoit de créer.

Ce plan s'inspire d'une initiative franco-allemande portant sur 500 milliards de subventions et un endettement commun, ce qui avait constitué une volte-face pour Angela Merkel, longtemps opposée à cette idée.

Cette aide sans précédent, qui créera une dette commune entre les 27, est un pas de plus vers l'intégration européenne, voire une nouvelle étape historique pour l'UE.

Un premier pas

Elle a pour but de compenser en partie les conséquences de la pandémie, qui va plonger le Vieux Continent dans une profonde récession, avec une baisse de 8,3% du PIB de l'UE en 2020, selon Bruxelles.

Charles Michel a en revanche légèrement révisé à la baisse le projet de budget pluriannuel de l'UE (2021-2027), sur lequel ce plan s'adosse, à 1.074 milliards euros (contre 1.094 milliards auparavant).

Un geste à l'intention du club des quatre "frugaux" de l'Union - Autriche, Pays-Bas, Suède et Danemark, qu'a rejoint la Finlande.

Le Premier ministre autrichien Sebastian Kurz y a vu "un premier pas dans notre direction", tout en remarquant que les positions des pays sont "encore très éloignées", en particulier sur les subventions.

La Suède et la Finlande se sont montrées réservées, réclamant notamment "un meilleur équilibre entre subventions et prêts" comme l'a souhaité la Première ministre finlandaise Sanna Marin.

Ces pays sont très méfiants à l'égard de ce plan de relance, qui profitera surtout aux pays du Sud, Italie et Espagne en tête, les plus touchés par les conséquences socio-économiques dévastatrices de la pandémie mais qui passent aussi pour les moins respectueux de l'orthodoxie budgétaire aux yeux des "frugaux".

Autre signe d'apaisement à leur intention: un maintien des rabais dont ils bénéficient, ainsi que l'Allemagne, pour contribuer un peu moins que les autres au budget de l'UE, car ils donnent plus que ce qu'ils reçoivent. Plusieurs pays, dont la France, souhaitent à terme leur suppression.

Charles Michel propose aussi que les remboursements de la dette commune commencent à partir de 2026, soit deux ans plus tôt que suggéré par la Commission.

Promesses du passé

Pour obtenir les aides, les Etats devront soumettre des plans nationaux de réforme, qui devront correspondre aux recommandations de la Commission en matière de politique économique et répondre à ses priorités: environnement et numérique.

Sur ce point, le chef des "frugaux", le néerlandais Mark Rutte a été très clair. "Il est très important que ces réformes soient gravées dans le marbre", a-t-il dit, évoquant les "promesses" faites par le passé.

Dans ce processus, le rôle du Conseil, qui réunit les 27 Etats membres, sera renforcé puisqu'il devra donner son feu vert à la majorité qualifiée, une garantie pour les "frugaux" qui se méfient de la Commission.

Sur la question épineuse du lien entre financement européen et respect de l'Etat de droit, le Belge propose un mécanisme qui va moins loin que celui souhaité par la Commission pour contrer les dérives, essentiellement de la part de la Pologne et de la Hongrie. Il s'est quand même attiré les foudres du Premier ministre hongrois Viktor Orban pour qui, en cas de lien, "il n'y aura ni relance, ni budget".

Enfin, sur le dossier actuellement dans l'impasse du Brexit, Charles Michel suggère de créer une "réserve" de 5 milliards d'euros, mobilisable pour amortir le choc du divorce à la fin de l'année.

QS avec AFP