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L'Europe a "besoin" de former des champions industriels, assène Agnès Pannier-Runacher

Invitée sur BFM Business, la secrétaire d'Etat estime qu'il y a un "malentendu" au sein de la Commission européenne à propos des champions industriels qui doivent pouvoir se développer sur le Vieux continent.

En déclarant dans la presse que l'Union européenne n'a pas et ne doit pas avoir de programme pour créer des champions industriels européens et que la Commission n'a pas vocation à les "chouchouter", la commissaire à la concurrence Margrethe Vestager a jeté un pavé dans la mare.

Cette doctrine avancée par la commissaire est-elle partagée par la France? Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministère de l'Economie et des Finances, invitée sur le plateau des Experts installé au salon Impact PME organisé ce mardi par BFM Business et la CPME, explique qu'il faut avant tout bien savoir de quoi on parle.

Une analyse "inspirée des années 90"

"Je crois qu'il faut qu'on sorte du malentendu sur ce concept de champion européen. Quand on parle de champion européen, ils (les partenaires européens) imaginent que c'est la main politique qui va aller organiser les champions et qui vont les rassembler ensemble et les faire grandir. Ce n'est pas du tout ce que nous proposons. Ce que nous proposons, c'est laisser le marché faire émerger des entreprises fortes en Europe. C'est ce qu'elle dit par ailleurs. Je pense qu'il faut sortir de 'c'est une idée politique', c'est simplement une idée économique face aux mastodontes chinois et aux mastodontes américains, on a besoin d'avoir de solides entreprises européennes capables d'investir les mêmes montants et capables de financer leur innovation".

L'illustration la plus récente de cette doctrine est le blocage de la fusion entre Alstom et Siemens dans le ferroviaire. Une erreur d'appréciation pour la secrétaire d'Etat. "Le marché n'est plus européen, il est mondial. (...) Donc ça n'a pas de sens de regarder les parts de marché au niveau européen".

Et de préciser: "nous on disait, il y a un acteur chinois qui est aux portes de l'Europe, il va rentrer dans les six mois, c'est exactement ce qu'il a fait et la Commission européenne nous a dit: 'mais pas du tout'. Donc je pense que leur analyse était beaucoup trop conservatrice et beaucoup trop inspirée des années 90".

Olivier Chicheportiche