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L'austérité à demi-mot continue de faire débat en France

L'impact économique et la pertinence de la cure d'austérité annoncée à demi-mot par le gouvernement la semaine dernière continue de faire débat tant chez les politiques que chez les économistes. /Photo d'archives/REUTERS/Leonhard Foeger

L'impact économique et la pertinence de la cure d'austérité annoncée à demi-mot par le gouvernement la semaine dernière continue de faire débat tant chez les politiques que chez les économistes. /Photo d'archives/REUTERS/Leonhard Foeger - -

PARIS - L'impact économique et la pertinence de la cure d'austérité annoncée à demi-mot par le gouvernement la semaine dernière continue de faire...

PARIS (Reuters) - L'impact économique et la pertinence de la cure d'austérité annoncée à demi-mot par le gouvernement la semaine dernière continue de faire débat tant chez les politiques que chez les économistes.

Les syndicats redoutent quant à eux un coup de frein sur les dépenses sociales tandis que la patronne du Medef, Laurence Parisot, redit son hostilité à des augmentations de charges.

Le Premier ministre, François Fillon, a annoncé jeudi un gel des dépenses de l'Etat sur trois ans, une baisse de 10% de ses dépenses de fonctionnement et cinq milliards d'euros d'économies sur les niches fiscales afin de tenir l'objectif d'un déficit public ramené à 3% du produit intérieur brut en 2013, contre 8,0% attendu cette année.

L'opposition de gauche a vite fait d'y voir un plan d'austérité, un terme contesté par le gouvernement qui parle d'"effort" nécessaire de la part de chacun.

Alors que les porte-parole de l'UMP, lors de leur point de presse hebdomadaire, ont répété lundi qu'il n'y avait pas de plan de rigueur puisque le gouvernement exclut une hausse générale des impôts, Jean-François Copé, invité d'Europe 1, n'a pas hésité à prononcer le mot tabou.

"Moi, le mot que j'utilise c'est le mot de 'rigueur', après tout on n'est pas là pour se battre sur les mots", a dit le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale.

"Les querelles de mots ce n'est pas très important, je crois que ce qui compte c'est qu'on soit bien au clair sur ce qu'on veut faire", a-t-il ajouté.

L'ancien Premier ministre Alain Juppé a également parlé de rigueur, soulignant sur son blog "l'absolue nécessité" de veiller à ce que la "rigueur s'accompagne d'une forte exigence de justice", en plaidant pour un "correctif fiscal" qui viserait les plus riches.

BON OU MAUVAIS SIGNAL ?

Les syndicats entendaient bien aborder la question ce lundi lors du sommet social convoqué à l'Elysée, avant une journée d'action commune prévue le 27 mai.

Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière, s'est alarmé d'une "sévère crise d'austérité" et a estimé qu'un renforcement de la discipline budgétaire des Européens reviendrait à "tuer le malade".

A l'opposé, le Medef s'inquiète de la tentation d'un tour de vis fiscal dont les entreprises feraient les frais.

"Il ne faut surtout pas accroître les prélèvements obligatoires, notamment en France : nous avons le taux de prélèvements obligatoires sur les entreprises le plus élevé du monde occidental", a-t-elle affirmé sur France 2.

Les économistes restent partagés selon les risques qu'ils perçoivent pour la reprise.

"J'ai peur que ce tournant de la restriction budgétaire vienne un peu tôt alors que la reprise en Europe n'est pas encore autonome, loin s'en faut", déclare Cyril Blesson, responsable de la recherche économique chez Seeds Finance.

"C'est un signal inquiétant pour la croissance".

Pour les économistes d'Exane BNP Paribas, Paris prend au contraire le bon chemin.

"Les agences de notation reconnaissent toutes le bon potentiel économique de la France mais s'inquiètent de son incapacité structurelle depuis 1975 à s'approcher de l'équilibre budgétaire", rappellent-ils dans une note.

"Ce premier pas constitue donc un bon signal et, dans un contexte de politique monétaire durablement accommodante de la BCE, il ne remet pas en cause la reprise économique".

Véronique Tison, avec la contribution de Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse