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Jean-Dominique Senard défend la  "raison d'être" des entreprises face aux craintes du Medef

Jean-Dominique Senard était l'invité de Stéphane Soumier dans Good Morning Business ce lundi.

Jean-Dominique Senard était l'invité de Stéphane Soumier dans Good Morning Business ce lundi. - BFM Business

Le dirigeant de Michelin, co-auteur du rapport sur le rôle de l'entreprise, a soutenu ce lundi sur BFM Business ses préconisations d'inscrire dans le code civil que l'entreprise peut se fixer une "raison d'être".

Le Medef n'a pas digéré que le rapport Senard-Notat, remis au gouvernement vendredi, préconise d'inscrire dans le Code civil la notion d'"intérêt propre" de l'entreprise. Jean-Dominique Senard, patron de Michelin et co-auteur du rapport, a balayé les craintes du mouvement des patrons ce lundi sur BFM Business.

L'objet du courroux du Medef est que le rapport préconise d'ajouter à l'article 1835 du Code civil la phrase "l'objet social peut préciser la raison d'être de l'entreprise constituée".

L'idée est de montrer que l'entreprise s'occupe "de toutes les parties qui l'entourent: les salariés, les fournisseurs, les clients et son environnement", souligne Jean-Dominique Senard. Un rappel qui répond, à l'en croire à "une demande considérable des chefs d'entreprises, quelle que soit la taille de l'entreprise".

"Nous avons pris toutes les précautions nécessaires"

"Vous n'imaginez pas ce que j'ai entendu dans le secret des auditions. Les PME en train de se constituer veulent montrer leur fierté, leur raison d'être. Les grandes entreprises aussi. Il y a une dynamique en cours".

La grande crainte du Medef est que l'inscription dans le code civil de cet intérêt propre ouvre la voie à des recours juridiques sans fin. "Il n'y a aucun sujet de ce côté-là", a martelé Jean-Dominique Senard. "Nous avons pris toutes les précautions nécessaires, nous sommes entourés des plus grands juristes de France en la matière, les professeurs, nous avons consulté les plus hautes autorités judiciaires de ce pays, administratif comme civil".

Le dirigeant de Michelin a par ailleurs minimisé l'importance de ce "petit sujet" au regard de ce que contient le rapport: "Ce document est un hymne à l'entreprise (…) Nous disons que l'entreprise est le cœur de la société, qu'elle est centrale. Nous disons que la gouvernance de l'entreprise doit s'occuper de sa raison d'être, c'est du bon sens. Et à partir de là, elle doit gérer les orientations de son entreprise comme elle l'entend".

"Si elle veut, et seulement si elle veut, inscrire sa raison d'être dans ses statuts, elle le peut. Nous ne demandons aucun statut légal supplémentaire. Si elle le souhaite, elle deviendra alors une entreprise à mission. Figurez-vous qu'il y a une énorme demande".

La raison d'être de Michelin, à titre d'exemple, c'est "offrir à chacun une meilleure façon d'avancer". Cette formule, loin d'être un slogan publicitaire, "fédère 110.000 personnes dans le monde", et "elle parle de mobilité durable, de passion pour la technologie, d'innovation, de qualité, de formation des personnes". Cette formule "vous ne la trouverez nulle part sur les murs de Michelin, cette raison d'être se vit, se comprend", s'enthousiasme Jean-Dominique Senard. Et la "stratégie du groupe en découle directement".

"On ne peut plus être indifférent à ce qui se passe sur le plan social et environnemental, c'est fini, on est en 2018", a conclu Jean-Dominique Senard.

N.G. avec AFP