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Immobilier : « pas plus de riches chez les propriétaires que chez les locataires »

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« Ils sont rentiers », « ils disposent de revenus confortables », « ils ont les moyens d’emprunter ». Les idées préconçues sur les propriétaires affluent mais pas sûr que les professionnels du secteur et les chiffres attestent de cette vision.

Taxer davantage les droits de succession, imposer une plus-value sur les résidences principales… Les idées émanant des plus hautes sphères ne manquent pas pour alourdir l’imposition issue des revenus immobiliers. Il faut dire que les propriétaires, qu’ils soient occupants ou bailleurs, peuvent se le permettre…

Dans l’inconscient collectif, ils sont souvent considérés comme riches. Logique, puisqu’ils sont parvenus à économiser assez d’argent pour, au mieux acheter sans prêt, au pire se constituer un apport personnel pour emprunter. Sauf que cette perception ne convient, en réalité, que très modérément aux professionnels du secteur. Et les chiffres le prouvent.

Deux tiers, un tiers

Pas plus tard que la semaine dernière, le ministre du Logement, Julien Denormandie, soulignait que la majeure partie des propriétaires [faisait] partie de la classe moyenne voire de la classe moyenne inférieure… Ils ont travaillé dur pour se constituer un patrimoine et le transmettre à leurs enfants ».

Des propos qui s’inscrivent dans la même lignée qu’une étude de l’Insee publiée l’an passé. Laquelle mettait déjà en exergue le fait qu’aujourd’hui en France, « deux tiers des propriétaires immobiliers sont issus des classes moyennes et inférieures, tandis qu’un tiers dispose d’un niveau de vie supérieur ». De quoi mettre à mal un certain nombre d’idées reçues.

Ce que confirme maître Barbara Thomas-David, notaire spécialisée en droit privé, gestion de patrimoine et immobilier à Paris. « Il n’y a pas un archétype de propriétaires. Les Français sont très attachés à la propriété et celle-ci n’est pas réservée à une classe aisée de la population, si tant est que l’on puisse véritablement définir qui est riche et qui ne l’est pas », souligne l’experte. « Aujourd’hui, la propriété à une valeur en France et les Français ont envie d’y accéder ».

Pourtant, les chiffres prouvent que la France peine encore à dépasser la barre des 60% de propriétaires, à l’heure où 80% des ménages souhaiterait le devenir. Ils étaient encore 38% à ne pas avoir fini de rembourser leur emprunt l’an passé.

Stop à l’opposition ?

Difficile au regard de ces chiffres et de ce premier éclairage de dire que les propriétaires sont forcément des personnes disposant de revenus élevés. « En France, il y a à la fois cette envie très forte d’accéder à la propriété et, dans le même temps, celle de se dire que les propriétaires sont forcément riches ou rentiers », dénonce de son côté Pierre Hautus, Directeur général de l'Union nationale des propriétaires immobilier (UNPI).

Et de poursuivre : « On stigmatise les propriétaires alors que 80% de la population voudrait en faire partie. Il n’y a pas plus de riches chez les propriétaires que chez les locataires. Il faut en finir avec cette logique d’opposition. Sans compter que les propriétaires subissent, depuis de nombreuses années, une pression fiscale qui a considérablement augmenté.

Sauf que, à un moment donné à force d’alourdir cette fiscalité, les propriétaires ne seront plus en mesure de financer des travaux d’économie d’énergie par exemple. Pas parce qu’ils ne veulent pas, mais simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens. Que dire également des propriétaires-bailleurs qui, eux, sont ponctionnés de plus d’un tiers des loyers qu’ils perçoivent du fait de la CSG et de la taxe foncière notamment ».

Nouvelle génération d’investisseurs

Ainsi, le portrait de celles et ceux qui ont aujourd’hui accès à la propriété n’a rien de comparable à celui que l’on pourrait se faire d’eux. Certes, les ménages disposant de hauts revenus constituent une part toujours plus importante de propriétaires en France. De là à inverser les proportions de l’étude menée par l’Insee, il n’est en rien.

Mais ce que révèle également l’Institut c’est que de plus en plus de jeunes âgés de plus ou moins trente ans deviennent propriétaires aujourd’hui en France. Entre 2010 et 2015, leur part a augmenté de 3,4 points pour les moins de 30 ans, de 2,2 points pour les trentenaires. Une hausse liée, selon l’Insee, au fait que cette génération s’endette sur de plus longues durées, profite de taux d’intérêt particulièrement bas et bénéficie, en prime, d’aides à l’achat comme le prêt à taux zéro (PTZ).

Ce qui, là encore, constitue une heureuse nouvelle pour maître Thomas-David. « C’est une bonne chose que la jeune génération soit ancrée dans cette volonté d’acheter. Il est important d’entrer sur le marché immobilier le plus tôt possible. Quitte à investir dans de petites surfaces pour revendre au fur et à mesure et se construire un patrimoine au fil du temps », conclut-elle.

Julie COHEN-HEURTON