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"Il n’y a rien en France qui ressemble à une cagnotte", selon le gouverneur de la Banque de France

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. - Fabrice Coffrini / AFP

Le patron de l'institution monétaire française, François Villeroy de Galhau, a jugé ce jeudi sur BFM Business que le bonne tenue de l'économie ouvrait une fenêtre pour réformer. Il estime qu'il faut faire preuve de "patience et de persévérance" et dans ces conditions l'idée de reverser une cagnotte lui paraît absurde.

Pour la première fois la Banque de France a donné ce jeudi des prévisions économiques trimestrielles et elles sont très bonnes. La croissance française progresserait de 1,9% cette année, une prévision relevée par rapport à décembre dernier où l'institution tablait sur 1,7%.

Invité de Good Morning Business ce jeudi, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a expliqué que cette appréciation de la croissance tenait de la bonne tenue de l'investissement des entreprises et des créations d’emploi. D'après lui, le chômage devrait tomber "doucement en-dessous des 8%" d'ici 2020, une nouvelle rassurante même si ce niveau "reste trop élevé", selon lui. 

"Il y a du pouvoir d’achat dans l’économie française"

La croissance française est tirée par trois composantes. La plus évidente est la consommation des ménages, "il y a du pouvoir d’achat dans l’économie française tirée par la progression des salaires, la hausse de l’emploi et les baisses d’impôts", a détaillé François Villeroy de Galhau. D'autre part, l'investissement se maintient à des niveaux satisfaisants.

Plus surprenant, les exportations devraient également soutenir la croissance. "Nous ne sommes pas sortis d’affaires, nous restons en déficit extérieur", a-t-il prévenu, "mais nous cessons en 2018 et après de perdre des parts de marché".

Le moment opportun pour réformer

Le moteur économique pourrait-il aller plus vite? Cette éventualité paraît difficile, la croissance française devrait "buter sur cette frontière de 2%", selon le gouverneur de la Banque de France. D'où la "nécessité impérieuse des réformes".

"Le moment économique que nous vivons peut être la chance de la France", a assuré François Villeroy de Galhau. La reprise économique mondiale et européenne ouvre une fenêtre pour réformer et espérer à terme "augmenter la vitesse du moteur" économique français. 

"Il y a un trou"

Pour que cela fonctionne, il va falloir faire preuve de "patience et persévérance" - un leitmotiv souvent employé par le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi. Plusieurs pays en Europe, notamment au nord, ont prouvé que les efforts, particulièrement sur le redressement des finances publiques, "dans la durée" payent. 

Dans ces conditions, l'idée de redistribution de la fameuse "cagnotte fiscale" de 4,3 milliards d'euros, comme le souhaitent des députés de la majorité, n'est pas raisonnable, à en croire François Villeroy de Galhau. "Il n’y a rien en France qui ressemble à une cagnotte, il y a un trou", s'est-il exclamé, rappelant que la France détient "la dette publique la plus élevée d’Europe après l’Italie" et "le déficit public le plus élevé d’Europe". "Il est urgent de diminuer nos dépenses publiques."

La formation c'est "la deuxième grande réforme"

Parmi ces réformes importantes, celle de la formation professionnelle et de l'apprentissage est "la deuxième grande réforme", a insisté le gouverneur de la Banque de France. D'après lui, les patrons de PME ne cessent d'évoquer leurs problèmes de recrutement, une situation absurde alors que le chômage est à 9%.

François Villeroy de Galhau a jugé que les orientations du fameux "Big Bang" promis par la ministre du Travail Muriel Penicaud, "vont dans le bon sens". "C'est une réforme parmi les plus importantes et celle qui peut avoir les résultats les plus rapides", d'ici deux ou trois ans, a-t-il prévu. "Maintenant c’est une question de mise en oeuvre."

L'Union européenne doit "accompagner" les pays dans leurs réformes

Enfin, le patron de l'institution monétaire française a plaidé pour des réformes au niveau national mais aussi européen. "Si les pays ne font pas des réformes nationales, ils ne sont pas légitimes", a-t-il déclaré - une position qui n'est pas sans rappeler celle d'Emmanuel Macron. De son côté l'Union européenne doit "accompagner, amplifier l’effort de réforme" de ses membres.

Dans un discours prononcé à Francfort mercredi, il a suggéré que les pays européens devrait mettre de côté les débats complexes sur l'avenir de la zone euro et "concentrer [ses] efforts sur les nombreuses autres propositions qui sont plus consensuelles".

À tire d'exemple, François Villeroy de Galhau a suggéré de se pencher sur l’union d’investissement. "En Europe, il y a chaque année 350 milliards d'euros d'épargne privé excédentaire [...], mobilisons ces 350 milliards pour couvrir les besoins d’investissement", notamment dans "le digital et la transition énergétique".

J.-C.C.