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Selon un rapport sénatorial, 25.000 ponts ont un état préoccupant

Le viaduc Echinghen, près de Boulogne-sur-Mer, sur l'auoroute A16 exploité par la SANEF est considéré comme étant "gravement altéré" par le ministère des Transports en 2018.

Le viaduc Echinghen, près de Boulogne-sur-Mer, sur l'auoroute A16 exploité par la SANEF est considéré comme étant "gravement altéré" par le ministère des Transports en 2018. - François Lo Presti-AFP

Environ 25.000 ponts sur les 250.000 que compte l'Hexagone présentent un problème de sécurité, selon le rapport d'une mission du Sénat qui préconise un vaste plan d'urgence pour remédier à cette situation inquiétante.

En France, il n'y a aucun recensement précis et exhaustif du nombre de ponts en France. Celui-ci est évalué entre 200.000 et 250.000 selon un rapport d'une mission sénatoriale sur la sécurité de ces ouvrages d'art, gérés par les collectivités locales (communes, département) ou par l'État.

Le constat alarmant de ce document, commandé à la suite de l'effondrement du pont autoroutier de Gênes (Italie) en août 2018, tient au fait qu'environ un sur dix présente un état préoccupant. "Au moins 25.000 ponts sont en mauvais état structurel et posent des problèmes de sécurité et de disponibilité pour les usagers", expliquent les auteurs de la mission d'information présidée par le sénateur Hervé Maurey (UC).

Les collectivités ne recensent pas leurs ponts de façon exhaustive

"C'est un chiffre surprenant" a commenté le parlementaire sur Europe1 ce jeudi. Parmi ces ouvrages problématiques, les sénateurs comptent 7% des ponts de l'État, 8,5% des ponts des départements, et "probablement 18 à 20%" des ponts des communes et des intercommunalités, selon ce rapport qui pointe aussi "l"absence d'un recensement exhaustif des ponts gérés par les collectivités territoriales". "On n'a jamais considéré un pont comme un élément de patrimoine dans les communes" a affirmé Hervé Maurey sur Europe1, ce jeudi matin.

La dégradation de l'état des ponts, qui "a fortement augmenté sur les dix dernières années", s'explique par le vieillissement des ouvrages construits dans l'après-guerre et "un sous-investissement chronique dans l'entretien du patrimoine", selon eux. Or, "l'état des ponts constitue avant tout un enjeu majeur de sécurité pour les usagers", soulignent-ils.

Les GPS guident les poids lourds sur des ponts vulnérables

Les navigateurs GPS orientant le trafic, notamment celui des poids lourds, sur des ponts qui n'ont pas été conçus pour supporter une telle charge, expliquent aussi en partie la dégradation de certains ouvrages, relève le document.

Les sénateurs soutiennent qu'il faut mettre un oeuvre un plan d'urgence pour remédier à cette situation inquiétante. Pour pallier ce problème, ils préconisent un véritable plan Marshall avec comme priorité l'augmentation des moyens consacrés à l'entretien des ponts. Et cela se calcule en milliards d'euros sur les années à venir. Ces investissements permettraient de les entretenir tout au long de leur vie. 

Vers un plan Marshall pour entretenir les ponts ?

Ils demandent notamment de porter le montant des moyens consacrés par l'État à l'entretien de ses ouvrages d'art à 120 millions d'euros par an dès 2020 (contre 45 millions en moyenne ces dernières années) et à créer un fonds d'aide aux collectivités locales, qui serait doté de 130 millions d'euros par an pendant dix ans -soit 1,3 milliard d'euros au total- en utilisant l'enveloppe jusqu'à présent dédiée à la mise en sécurité des tunnels (qui prendra fin en 2021). Il s'agit en effet de réaliser un diagnostic de l'ensemble des ponts des communes et intercommunalités et de rénover ceux qui sont en mauvais état.

Les sénateurs --qui ont sondé plusieurs centaines d'élus locaux-- prônent également "une gestion patrimoniale des ponts", avec un meilleur suivi et une programmation des travaux nécessaires. Ils jugent également nécessaire d'"apporter une offre d'ingénierie aux collectivités territoriales en aidant les petites collectivités" et en favorisant la mutualisation de la gestion des ouvrages au niveau intercommunal ou départemental.

Frédéric Bergé avec AFP