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Pourquoi la reconstruction de Notre-Dame pourrait ne pas se faire en seulement 5 ans

Il faudra probablement attendre plusieurs mois avant que le nettoyage de Notre-Dame soit terminé, et qu'une évaluation soit faite pour déterminer ce qui peut être fait

Il faudra probablement attendre plusieurs mois avant que le nettoyage de Notre-Dame soit terminé, et qu'une évaluation soit faite pour déterminer ce qui peut être fait - Ludovic Marin - AFP

Le manque d'artisans qualifiés et le débat sur les modalités de la reconstruction de Notre-Dame de Paris devraient être les principaux écueils de ce chantier colossal, estime un architecte ayant participé à la restauration du château de Windsor.

Trouver de l'argent est une chose. Trouver des compétences en est une autre. C'est la question que soulève Francis Maude, directeur du cabinet d'architectes Donald Insall Associates, basé à Londres. Selon lui, "trouver suffisamment d'artisans capables de travailler la pierre, le bois, le plomb, le verre (...) est un défi pour le secteur dans toute l'Europe".

"D'autres très grands projets sont confrontés aux mêmes difficultés, comme le Palais de Westminster, sur lequel nous travaillons ici à Londres", souligne-t-il. Cette pénurie "pourrait être l'élément clé qui déterminera le rythme et peut-être certaines des décisions qui seront prises au cours du processus de restauration" de Notre-Dame, ajoute l'architecte, dont le cabinet avait été sollicité pour travailler sur la restauration du château de Windsor (ouest de Londres).

Datant du XIe siècle, la résidence favorite de la reine Elizabeth II avait été dévastée par un incendie en 1992, avant de retrouver une nouvelle jeunesse, moyennant une facture de 36,5 millions de livres et deux ans de travaux, achevés en 1997. Les pièces les plus belles avaient pu retrouver leur état d'origine, d'autres avaient été modernisées.

Restaurer à l'identique ou recréer?

Pour Francis Maude, la question du respect de l'architecture originale de Notre-Dame pourrait susciter de "sérieuses discussions" lors de sa reconstruction. "Il y en aura qui penseront que la seule façon de restaurer Notre-Dame, c'est de la rendre exactement comme elle était avant", développe-t-il. Mais la restauration pourrait aussi s'inspirer des travaux menés après la Première Guerre mondiale sur la cathédrale de Reims, qui avait reçu un toit en acier résistant au feu.

Notre-Dame a d'ailleurs elle-même évolué au cours de son histoire, souligne Francis Maude, citant les travaux de l'architecte français Eugène Viollet-Le-Duc au XIXe siècle. Des parties soigneusement sélectionnées de la cathédrale parisienne pourraient ainsi être modernisées, afin de la rendre plus sûre. Mais il faudra probablement attendre plusieurs mois avant que le nettoyage de Notre-Dame soit terminé, et qu'une évaluation soit faite pour déterminer ce qui peut être fait. "Il y a une difficulté en particulier qui me vient à l'esprit: le fait que la cathédrale soit en grande partie construite en calcaire", poursuit Francis Maude.

Exposé à des températures de plus de huit cents degrés centigrades, le calcaire "se décompose par réaction chimique (...) et il est alors assez difficile de l'utiliser à nouveau". "J'imagine qu'il y aura une grande partie de la surface historique de la maçonnerie perdue, mais il y aura peut-être de la pierre enfouie plus profondément dans les murs qui peut être recouverte". L'intérieur relativement dépouillé de la cathédrale devrait en revanche jouer en sa faveur, comparativement au château de Windsor, où des siècles de réaménagement ont conduit à un réseau complexe d'espaces vides derrière les murs, souligne Francis Maude. 

Pascal Samama avec AFP